Le débat suscité par le comportement de certains supporters algériens au Maroc n’a plus rien à voir avec le football ni avec l’ambiance des tribunes. Il soulève une question bien plus profonde, celle de la mentalité, du sens des limites et de la capacité à distinguer clairement entre sport et propagande politique, surtout lorsqu’on se trouve sur le territoire d’un pays hôte.

Les faits ne se sont pas déroulés dans un stade, ni dans le cadre normal du soutien à l’équipe nationale pendant un match. Ils ont eu lieu dans des centres commerciaux, des espaces publics et des lieux fréquentés par des familles, où des chants à caractère sportif ont rapidement cédé la place à des slogans politiques explicites glorifiant le président algérien Abdelmadjid Tebboune. Une scène pour le moins choquante, dépourvue de toute justification sportive ou morale.

La question n’est pas celle de la liberté d’expression, mais bien celle du contexte, du lieu et de l’intention. Un supporter qui se rend à l’étranger pour encourager son équipe est censé respecter les règles de bienséance et d’hospitalité. Il ne peut transformer sa présence en démonstration politique, encore moins lorsqu’il s’agit de promouvoir une figure politique controversée, dans un pays où les relations avec l’Algérie sont marquées par des tensions persistantes.

Si l’on inverse la situation et que l’on imagine des supporters marocains en Algérie scandant des slogans politiques dans des centres commerciaux ou des places publiques, la réponse est évidente. Ces actes seraient immédiatement qualifiés d’atteinte à la souveraineté nationale et de provocation délibérée, avec à la clé des arrestations, des expulsions ou des poursuites sécuritaires.

La véritable ironie réside dans le fait que les autorités marocaines n’ont ni interdit ni réprimé ces comportements, malgré leur caractère inapproprié. Ce climat de tolérance n’a pourtant pas été accompagné d’un minimum de responsabilité, mais exploité pour transformer l’espace public marocain en tribune de propagande politique algérienne.

Plus significatif encore, de nombreux Algériens eux-mêmes ont exprimé leur rejet de ces pratiques, les considérant comme une humiliation pour l’image de l’Algérie avant d’être une offense au Maroc. Des réactions largement partagées sur les réseaux sociaux ont posé une question simple et directe: quel est le lien entre Tebboune et la Coupe d’Afrique des nations? A-t-on déjà vu des supporters d’autres pays acclamer leurs chefs d’État lors de compétitions continentales?

Ces voix dissidentes traduisent une prise de conscience croissante face à l’instrumentalisation de certains groupes par le régime algérien, y compris à l’étranger. L’objectif n’est pas le soutien sportif, mais la création de tensions, voire la provocation calculée des autorités marocaines, afin d’alimenter une narration politique bien précise.

Il est également frappant de constater que nombre de ces supporters vivent en Europe, bénéficient des libertés et des avantages des démocraties occidentales, tout en justifiant l’autoritarisme et en glorifiant le pouvoir militaire lorsqu’il s’agit de l’Algérie.

Le message est clair: le football est un événement sportif, pas une campagne électorale ni un outil de propagande. Soutenir une équipe nationale doit se faire dans le respect du pays hôte et dans l’enceinte sportive, afin de valoriser les joueurs, et non de ternir l’image d’un pays tout entier.

Le Maroc a compris le jeu, tout comme les Algériens lucides. Reste à savoir quand certains cesseront d’exporter les crises du régime au-delà des frontières et d’utiliser chaque événement comme un prétexte à la provocation plutôt qu’à la célébration du sport.

La rédaction / LEMED24