La Tunisie traverse depuis le début de la semaine l’un des épisodes pluvieux les plus violents de son histoire récente. Des pluies exceptionnelles se sont transformées en torrents dévastateurs, submergeant des rues entières, paralysant la vie quotidienne et faisant plusieurs victimes, tandis que les perturbations météorologiques se sont étendues à l’Algérie et à la Libye, menaçant l’équilibre de toute la région.

Selon les autorités, les inondations ont causé la mort de cinq personnes en Tunisie, dont un enfant, tandis que cinq pêcheurs sont portés disparus au large du gouvernorat de Monastir après être sortis en mer dans des conditions extrêmement dangereuses. Les pertes humaines les plus lourdes ont été enregistrées dans la ville de Moknine, où quatre personnes, dont une femme d’une cinquantaine d’années, ont été emportées par les eaux.

Les précipitations tombées en quelques heures ont dépassé tous les records observés depuis plus de soixante dix ans. L’Institut national de la météorologie a indiqué que les gouvernorats de Monastir, Nabeul et Tunis n’avaient pas connu de tels volumes depuis 1950. À Sayada, près de 250 millimètres sont tombés en très peu de temps, tandis que Sidi Bou Saïd, dans la capitale, a enregistré plus de 200 millimètres, des chiffres capables de mettre à genoux n’importe quel réseau d’évacuation mal préparé.

Face à cette situation, les autorités ont suspendu les cours dans les écoles et les universités de quinze gouvernorats sur vingt quatre, paralysé une grande partie des transports et interrompu les audiences dans les tribunaux de Tunis. Le Parlement a même reporté une séance importante consacrée à l’élection de commissions permanentes. Sur les réseaux sociaux, des images montrent des voitures piégées dans les flots et de l’eau atteignant les portes des maisons et des commerces.

Cette catastrophe révèle aussi la fragilité des infrastructures. Des experts estiment que les réseaux d’assainissement et de drainage sont vétustes, mal entretenus et inadaptés à l’urbanisation rapide et souvent anarchique, ce qui accentue le ruissellement et aggrave les inondations à chaque épisode pluvieux intense.

Paradoxalement, ces pluies surviennent dans un pays marqué par des années de sécheresse et de pénurie d’eau. Les spécialistes soulignent que la majorité des précipitations est tombée loin des grands barrages, ce qui limite leur impact sur les réserves hydriques. Le taux de remplissage des barrages ne dépasserait pas 30 à 32 pour cent, ce qui signifie que ces pluies exceptionnelles ne suffiront pas à résoudre la crise de l’eau.

En Algérie, les intempéries ont également provoqué des inondations meurtrières, avec le décès d’un sexagénaire à Relizane après avoir été emporté par les eaux. Les services météorologiques ont en outre émis des alertes concernant des chutes de neige dans plusieurs régions.

En Libye, une violente tempête de sable accompagnée de vents puissants a conduit les autorités de l’est du pays à imposer un couvre feu général et à suspendre plusieurs vols. Les rafales ont provoqué des coupures d’électricité, arraché des arbres, endommagé des habitations et fait tomber des pylônes électriques, selon des images largement diffusées en ligne.

Les événements en Tunisie, en Algérie et en Libye illustrent la montée en puissance des phénomènes climatiques extrêmes en Afrique du Nord. Inondations, tempêtes et sécheresses ne sont plus des exceptions mais deviennent une réalité récurrente, posant un défi majeur à des États déjà fragilisés par le manque d’investissements et de préparation. Tandis que les secours poursuivent leurs efforts pour retrouver les disparus et limiter les dégâts, une question demeure essentielle: les pays de la région sauront ils anticiper et renforcer leurs capacités de prévention avant que ces catastrophes ne deviennent la norme.