Dans un développement révélateur du mode de gestion du pouvoir en Algérie, le général Mahrez a été convoqué devant le tribunal militaire de Blida immédiatement après la fin des cérémonies de passation de fonctions, hier. Dans le même temps, une décision de lui interdire de quitter le territoire national a été prise, illustrant une fois de plus la pratique récurrente consistant à restreindre les déplacements des hauts responsables dès leur départ de fonctions.

Selon des informations concordantes, le général Mahrez n’est pas le seul concerné par cette mesure. Un proche collaborateur aurait également fait l’objet d’une interdiction de sortie du territoire, dans ce qui apparaît comme une procédure devenue quasi systématique pour les anciens hauts responsables de l’État. Le retrait du passeport a été effectué sans communication officielle détaillant les fondements juridiques précis de cette décision.

Pour de nombreux observateurs, l’Algérie est devenue un cas à part, voire unique, où tout responsable quittant ses fonctions se retrouve automatiquement sous suspicion. L’interdiction de voyager s’apparente alors à une forme de résidence surveillée non déclarée, dans l’attente d’éventuelles poursuites judiciaires qui peuvent s’étendre sur plusieurs années sans aboutir à un jugement clair.

Cette situation rappelle plusieurs précédents impliquant d’anciens chefs de gouvernement et responsables des services de sécurité, qui, après leur éviction, se sont vu confisquer leurs passeports et interdire tout déplacement à l’étranger, sans qu’aucune décision judiciaire définitive ne soit rendue. Une pratique qui soulève de sérieuses interrogations quant à l’indépendance de la justice et à l’instrumentalisation des procédures judiciaires dans les règlements de comptes internes.

Des sources proches du dossier affirment que le général Mahrez n’était connu pour aucun conflit ouvert avec la hiérarchie actuelle, que ce soit avec le président Abdelmadjid Tebboune ou avec le chef d’état-major Saïd Chengriha. Son parcours professionnel ne serait entaché d’aucune affaire notable. Cela n’a toutefois pas empêché l’adoption de ces mesures restrictives à son encontre.

Pour plusieurs analystes, l’interdiction de sortie du territoire est devenue un moyen de pression politique davantage qu’une mesure judiciaire préventive. Les anciens responsables sont maintenus dans une attente prolongée, sans notification de charges claires, ce qui équivaut à une sanction anticipée en dehors de tout cadre juridique transparent. De nombreux cadres supérieurs vivraient aujourd’hui dans cette situation, privés de leurs documents de voyage depuis des années.

Ce phénomène traduit, selon les observateurs, une profonde crise de confiance au sein même du système, où la méfiance domine jusque dans les cercles du pouvoir. Les différends internes sont traités par des leviers sécuritaires et judiciaires plutôt que par des mécanismes institutionnels clairs, révélant la fragilité de l’État de droit.

La convocation du général Mahrez et son interdiction de sortie du territoire interviennent dans un contexte politique particulièrement tendu, marqué par des luttes d’influence au sommet de l’État et par des événements majeurs, notamment l’annonce de la naissance de la République fédérale de Kabylie. Ce timing alimente les interrogations sur les véritables motivations de cette décision.

En l’absence de communication officielle, le dossier du général Mahrez apparaît comme un nouvel exemple d’un système politique et judiciaire fondé sur des mesures administratives coercitives plutôt que sur une reddition de comptes judiciaire claire, renforçant le sentiment que quitter une fonction en Algérie signifie souvent entrer dans une zone d’incertitude faite d’interdictions, de silence et d’attente indéfinie.

La rédaction / LEMED24

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l’intervention du journaliste Hicham Abboud sur ce sujet.