L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a lancé une attaque frontale et sans concession contre les autorités algériennes, qualifiant le régime politique de son pays de dictature dure, fondée sur une répression systématique de toute voix jugée dérangeante ou non conforme au discours officiel. Cette prise de position intervient dans le contexte de la condamnation du journaliste français indépendant Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison par la justice algérienne en appel, une décision qui a suscité une vive indignation dans les milieux médiatiques et des droits humains.
Invité ce jeudi matin sur les ondes de la radio française RTL, Sansal a livré un témoignage intense, mêlant colère, douleur et une forme d’espoir lucide. Il a confié avoir été à la fois effondré et soulagé en apprenant le verdict, effondré parce que l’État algérien n’avait nul besoin d’une telle sévérité, et soulagé parce qu’il est convaincu que la libération du journaliste interviendra prochainement. Il s’est interrogé avec amertume sur l’acharnement du parquet, se demandant pourquoi réclamer dix ans de prison, y voyant une volonté manifeste de nuire et d’humilier.
Malgré la violence du jugement, Sansal a exprimé un certain optimisme, estimant que cette condamnation pourrait ouvrir la voie à une grâce rapide. Selon lui, des signaux clairs laissent penser que Christophe Gleizes pourrait être libéré dans un délai d’une à deux semaines, une fois les procédures apaisées et les équilibres politiques rétablis.
L’écrivain a expliqué la différence de traitement entre son cas et celui du journaliste français par le fait que ce dernier n’a jamais critiqué le régime et ne s’est pas engagé politiquement, contrairement à lui qui affronte ouvertement le pouvoir algérien depuis plus de vingt-cinq ans. Cette opposition de longue date l’a, selon ses mots, exposé à une répression beaucoup plus dure.
Sansal a souligné que cette condamnation s’inscrit dans un mécanisme répressif bien rodé, fondé sur la suspicion permanente à l’égard de toute personne perçue comme une menace pour l’État. Il a rappelé que sa propre incarcération était liée à des déclarations historiques et territoriales jugées sensibles, notamment sur des zones héritées de la période coloniale, considérées par le régime comme des lignes rouges interdites au débat.
Refusant toute formulation édulcorée, Sansal a décrit l’Algérie comme une dictature incapable de se réformer, où le journalisme est devenu un délit et où la répression touche aussi bien les journalistes que de simples citoyens, parfois emprisonnés pour un commentaire ou un clic sur les réseaux sociaux.
Il a conclu sur une note profondément humaine, exprimant sa solidarité avec Christophe Gleizes, qu’il considère comme un compagnon d’infortune. Il a évoqué la possibilité d’un témoignage commun sur les détentions arbitraires quotidiennes, affirmant avec force qu’il ne cessera jamais de parler, car le silence, à ses yeux, est devenu une autre forme d’humiliation.
La rédaction / LEMED24



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