Par Hichem ABOUD

Condamné à 15 ans de prison, Ali Maameri n’est pas un criminel. C’est un syndicaliste indépendant, un défenseur des droits humains, l’une des rares voix qui refusent encore de se taire dans une Algérie où le pouvoir a fait du silence une obligation nationale. Enfant de la prestigieuse et combattante ville d’Oum El Bouaghi, il a fondé et dirigé le Syndicat national autonome des travailleurs de la culture et des arts, tout en siégeant au sein de la Confédération syndicale des forces productives (COSIFOP). Sa mission : dénoncer les abus, protéger les travailleurs, briser l’impunité d’une administration qui étouffe la liberté comme elle étouffe la culture. Et pour cela, il a été puni.

Un enlèvement maquillé en arrestation

Le 19 mars 2025, Ali Maamri est arraché de son lieu de travail sans mandat, sans procédure, sans droit. Quatre jours durant, il disparaît. Pas de nouvelles. Pas d’avocat. Quand enfin on le sort de l’ombre pour le présenter au juge, il raconte : torture, coups, aveux extorqués. Une plainte est déposée. Le silence de l’État lui répond. Quand les tortionnaires sont en uniforme, la justice devient sourde.

Une parodie de justice pour faire un exemple

Le 29 octobre 2025, le verdict tombe comme un marteau politique : 15 années de prison. Un procès expédié, sans garanties, sans preuves — si ce n’est celles fabriquées par la peur. Les accusations ? Des mots qui ne trompent plus personne : “terrorisme”, “divulgation d’informations classifiées”.

Ce que Maameri a réellement fait c’est publier sur Facebook, communiquer avec d’autres syndicalistes, partager un document administratif dans un débat interne. Tout cela relève entièrement de la liberté d’expression. Pourtant, dans l’Algérie de 2025, c’est devenu une menace “terroriste”.

Le message au monde du travail est clair : « Revendiquez vos droits… et nous vous briserons. »

Rights Watch, l’OIT et les ONG n’en doutent pas : La condamnation d’Ali Maameri est un acte de vengeance. Une punition politique pour avoir osé dénoncer devant l’Organisation internationale du Travail les violations systématiques visant les syndicats indépendants en Algérie.

Ici, la répression ne s’attaque pas aux faits — elle s’attaque aux idées. On utilise les lois antiterroristes et l’hyper-répressif décret 21-09 pour transformer un syndicat en organisation dangereuse, un militant en traître, une revendication en sabotage.

Ce n’est pas la justice : c’est une machine à détruire les gênants. Le cas d’Ali Maamri n’est pas une exception isolée. C’est une doctrine d’État : criminaliser le travail syndical, terroriser les défenseurs des droits sociaux, démanteler toute forme d’organisation autonome.

Ce qui est jugé aujourd’hui, ce n’est pas un homme. C’est le droit de s’unir, de revendiquer, de résister.

Et tant que l’on incarcérera ceux qui défendent les droits des travailleurs, la véritable menace pour la nation ne sera pas les syndicalistes… mais ceux qui cherchent à les faire disparaître.