Lorsque j’ai vu ces images, j’ai ressenti à la fois de la douleur et de l’humiliation, en particulier pour nos confrères avocats qui vivent quotidiennement l’atmosphère des tribunaux et ce qu’elle comporte de frustrations. Il est douloureux de voir un jeune qui étudie à l’université de Tizi Ouzou venir dans la capitale, être arrêté, et s’entendre dire: vous êtes accusé de rassemblement, alors qu’il était seul ou simplement accompagné d’un ami. De même, lorsqu’une personne est arrêtée dans la rue pour le simple fait d’y passer, puis présentée au procureur de la République et ensuite au juge qui ordonne sa mise en détention, avant d’être jugée et condamnée à une peine pouvant aller jusqu’à une année entière.
Au cours de ma carrière professionnelle, je n’ai jamais été témoin d’une période où le régime a autant empiété sur la loi, les droits et les libertés qu’aujourd’hui. Nous n’avons pas besoin de relater tous ces faits douloureux, car les images à elles seules suffisent à montrer l’ampleur de la souffrance. La question est: que pouvons-nous faire? Comme l’ont mentionné les confrères, il semble que l’objectif soit d’implanter la peur dans l’esprit des Algériens et de les pousser à reculer par rapport à cette révolution pacifique. Lorsque des gens sont arrêtés dans les rues, qu’un citoyen est interpellé sans raison claire, ou même entravé dans ses déplacements, le but est de semer la crainte dans la société.
Pourquoi cela se produit-il précisément à cette étape? L’objectif est de faire passer des élections de façade et d’intimider le peuple afin de stopper ce mouvement. Et cela ne s’est pas arrêté là, mais s’est étendu à la tentative de geler les partis politiques actifs et les associations, ainsi qu’à l’introduction d’actions en justice pour les dissoudre. Il est clair que le régime cherche à mettre fin à cette révolution pacifique et à priver les Algériens de l’espoir de changement et de libération.
Nous constatons également que, depuis le début de la répression et des fermetures, le sentiment de frustration chez les jeunes s’est accru, au point que beaucoup ont risqué leur vie par l’émigration irrégulière. Les citoyens se sont aussi sentis humiliés par les conditions imposées pour entrer dans leur propre pays, au point que certains n’ont pas pu assister aux funérailles de leurs proches. Peut-on imaginer un État qui traite ses citoyens avec une telle dureté et une telle bureaucratie?
Cette approche reflète une crise profonde aux niveaux national, moral et politique. Le régime tente d’arrêter le cours de l’histoire et de confisquer le rêve de libération, sans se rendre compte que la conscience née depuis le vingt-deux février est désormais enracinée. Même les jeunes détenus dans les prisons affirment que le plus important est la poursuite du mouvement, preuve que la conscience populaire est plus forte que les tentatives de répression.
Un régime autoritaire qui agit de cette manière ne peut pas réussir à soumettre la société. La conscience grandissante est capable de provoquer le changement de l’intérieur. Toutefois, une grande responsabilité nous incombe en tant que classe politique et juridique. La répression subie par les citoyens ces dernières semaines est douloureuse, surtout lorsque des personnes sont emprisonnées injustement. Malgré cela, un régime qui se comporte de cette façon ne peut pas continuer à réussir.
À partir de là, le mouvement doit se poursuivre par des moyens variés, et les citoyens doivent sentir que les forces politiques, juridiques et les associations sont à leurs côtés. De telles rencontres et consultations renforcent le sentiment que la révolution continue. Il est nécessaire d’organiser des réunions périodiques pour discuter de la répression et des fermetures, et de souligner que des élections de façade ne feront qu’approfondir la crise politique et accroître les risques pour le pays.
Notre responsabilité à tous est de protéger la patrie contre une dérive vers l’inconnu. Il faut donc poursuivre la sensibilisation et dynamiser les conférences afin de maintenir le mouvement vivant et fort. Par ailleurs, les forces politiques et la société civile doivent se concerter pour établir une base commune représentant le minimum de principes pour une transition vers la démocratie. Il s’agit d’une responsabilité collective qui exige une réflexion et une coordination urgentes.
*Maître Mustapha Bouchachi est avocat auprès de la cour d’Alger.



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