En parcourant les archives de l’actualité officielle algérienne de ces dernières années, il est difficile de trouver une information politique, militaire ou protocolaire qui ne mette pas côte à côte le président Abdelmadjid Tebboune et le chef d’état major de l’armée Saïd Chengriha. Leur présence conjointe est devenue une constante, au point que l’absence de l’un ou de l’autre suscite davantage de questions que leur apparition.

Cette proximité excessive entre le pouvoir politique et l’institution militaire ne se limite plus aux dossiers stratégiques ou aux grandes cérémonies. Elle s’étend désormais aux événements les plus ordinaires, révélant une concurrence silencieuse pour l’occupation de l’espace médiatique et symbolique, quelle que soit la nature de l’événement.

Plus surprenant encore, cette rivalité ne s’arrête pas aux affaires du quotidien politique, mais s’invite jusque dans le domaine des condoléances. Récemment, le président Tebboune, en sa qualité de chef suprême des forces armées et ministre de la Défense nationale, a présenté ses condoléances suite au décès du colonel Mohamed Ben Dida, inspecteur à la Direction des relations extérieures du ministère de la Défense.

Sans tarder, Saïd Chengriha a lui aussi présenté ses condoléances à la famille du défunt, un geste largement mis en avant par les médias officiels, comme s’il s’agissait d’un fait politique majeur.

La course à la visibilité a même dépassé les frontières. Le même jour, Chengriha s’est rendu à l’ambassade de Libye à Alger pour signer le registre de condoléances après la mort du chef d’état major de l’armée libyenne, Mohamed Al Haddad, et de sa délégation dans un accident d’avion. Selon un communiqué officiel, cette démarche s’est faite sur instruction du président de la République, illustrant une fois de plus l’imbrication des rôles civils et militaires.

Ce tableau soulève une interrogation fondamentale sur la nature du pouvoir en Algérie. S’agit il d’une harmonie institutionnelle normale ou d’une lutte feutrée pour l’influence et la visibilité? Dans un pays confronté à de graves crises économiques et sociales, cette obsession de l’image et de la présence médiatique révèle un système plus préoccupé par sa mise en scène que par les véritables priorités nationales.

La rédaction / LEMED24