Certaines prises de position, sous couvert d’idéalisme ou de solidarité religieuse, révèlent surtout une confusion préoccupante des repères. L’émotion ne peut servir de boussole politique, pas plus que la morale abstraite ne peut remplacer l’intérêt stratégique d’un État.
Appeler à manifester au Maroc en soutien à l’Iran, sans tenir compte de la position constante de Téhéran sur la question du Sahara, dépasse le simple désaccord d’opinion. Cela traduit une absence de hiérarchisation des priorités nationales. Un fait demeure : depuis des décennies, l’Iran reconnaît une entité qui conteste la souveraineté marocaine sur son Sahara. Cette reconnaissance n’a jamais été formellement retirée. Il ne s’agit pas d’un détail diplomatique, mais d’un positionnement d’État clair et assumé.
La solidarité internationale n’est pas un réflexe automatique dicté par l’appartenance religieuse ou par l’émotion médiatique du moment. Un État n’agit pas comme une communauté spirituelle : il agit selon des intérêts, des équilibres et des lignes rouges. Le Maroc, comme toute nation souveraine, possède les siennes. Et la première d’entre elles est sans ambiguïté : l’unité territoriale.
On ne peut exiger du monde qu’il respecte cette unité tout en minimisant la portée d’un soutien affiché à un régime qui adopte une position opposée sur ce point précis. La cohérence n’est pas une option ; elle conditionne la crédibilité.
La souveraineté ne peut être invoquée à géométrie variable. Elle ne s’active pas selon les affinités idéologiques et ne se suspend pas selon les sympathies politiques. Elle constitue le fondement même de l’existence d’un État.
Rappeler cette évidence n’a rien d’une posture autoritaire : c’est un principe de réalisme. La géopolitique obéit à des rapports de force et à des stratégies assumées. L’Iran poursuit les siens, avec constance et méthode — c’est son droit en tant qu’acteur régional. Mais le Maroc a le devoir de défendre ses intérêts vitaux avec la même constance.
Exprimer une opinion est un droit fondamental ; la liberté d’expression n’efface cependant pas la responsabilité politique. Chaque prise de position publique envoie un signal, et dans les relations internationales, les signaux ont toujours une portée.
Le Sahara n’est pas un sujet secondaire dans l’agenda national. Il constitue l’axe structurant de la stabilité et de la continuité stratégique du pays. On peut discuter des choix diplomatiques, critiquer certaines alliances, proposer d’autres orientations : le débat est sain. Mais il existe un socle qui ne peut être fragilisé par légèreté ou par passion.
L’histoire montre que les nations solides sont celles qui savent distinguer l’essentiel de l’accessoire. Celles qui confondent émotion et intérêt vital finissent toujours par en payer le prix. La maturité politique consiste à comprendre qu’aucune cause extérieure ne peut primer sur l’intégrité nationale. La clarté doit l’emporter sur l’impulsion.
Le Maroc n’a pas besoin d’uniformité d’opinion. Il a besoin d’une conscience lucide de ses priorités.
La souveraineté n’est ni négociable, ni modulable, ni circonstancielle. Elle est permanente et exige d’être défendue sans ambiguïté.
Par Boutaïna HASSANI. Professeure de l’Enseignement Supérieur, Université Mohammed Premier-Oujda



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