Hichem ABOUD 07/10/2026

Appliquée à de nombreux voyageurs algériens en partance pour le Maroc sans avoir été annoncée, ni officiellement ni officieusement, la restriction d’entrée sur le territoire marocain a finalement été portée à la connaissance du public par le quotidien L’Opinion, le plus grand et le plus sérieux journal francophone du Royaume.

Depuis le 16 septembre dernier, les ressortissants algériens non-résidents ne sont plus les bienvenus au Maroc. Mise en œuvre par les compagnies aériennes avant même leur arrivée dans le Royaume, cette mesure soulève des questions sur son fondement, ses conséquences financières et le sort réservé aux familles.

Une mesure unique en son genre dans l’histoire des relations humaines

Il faut d’abord souligner le caractère discriminatoire de cette restriction, unique en son genre dans l’histoire des relations humaines. Interdire l’accès à un pays pour « délit de nationalité ou d’origine » : du jamais-vu.

Chaque État dispose, certes, du droit souverain de réglementer l’accès à son territoire, dans le respect des règles et des lois internationales. La procédure est claire : instaurer un visa d’entrée.

Mais interdire l’embarquement depuis des aéroports étrangers et charger les compagnies aériennes d’exécuter une telle décision n’aurait jamais été pratiqué par aucun État. La frontière marocaine se trouve ainsi déplacée jusqu’aux aéroports étrangers. Les témoignages évoqués par L’Opinion font état de voyageurs empêchés d’embarquer sur des vols de compagnies françaises. Le Royaume innove ici d’une manière qui ne l’honore pas davantage qu’elle n’honore son peuple hospitalier.

Instauration du visa par le gouvernement algérien

En septembre 2024, le gouvernement algérien avait annoncé le rétablissement immédiat du visa pour tous les ressortissants étrangers détenteurs d’un passeport marocain. Cette annonce avait été publique et officielle. Un communiqué l’avait même justifiée en évoquant des « réseaux de crime organisé », du « trafic de drogue » et des accusations d’« espionnage » : un ton particulièrement dur pour une mesure présentée comme administrative.

Nous avions été parmi les premiers à dénoncer avec force cette décision, que nous avions qualifiée d’inhumaine parce qu’elle déchirait des milliers de familles installées des deux côtés de la frontière.

Le véritable objectif de l’instauration du visa pour les ressortissants marocains était d’entraîner le Maroc dans une logique de réciprocité, afin de limiter l’afflux d’Algériens attendus pour la phase finale de la Coupe d’Afrique des nations. Le régime algérien redoutait que ses citoyens découvrent les réalisations modernes du Maroc.

Dieu merci, les autorités marocaines ne sont pas tombées dans le piège tendu par le régime d’Alger. Plus de 8 000 Algériens se sont rendus à Rabat pour encourager les Fennecs, mais aussi, et surtout, pour fraterniser avec le peuple marocain. Les images envoyées depuis la capitale chérifienne par les supporters algériens ont fait mal, très mal, au pouvoir algérien.

Parmi tous les supporters venus d’Afrique et d’Europe soutenir leurs équipes lors de cette phase finale, les Algériens se sont distingués par l’ambiance fraternelle qu’ils ont créée avec leurs hôtes. Des milliers d’entre eux ont été invités par leurs frères marocains à séjourner chez eux plutôt qu’à l’hôtel. Cette hospitalité est devenue une habitude lors des rencontres footballistiques entre les clubs des deux pays. Une fraternité rarement observée sous d’autres cieux.

Une mesure mal assumée par ses auteurs

Voici pourtant qu’une mesure marocaine vient faire pire que celle d’Alger. Elle contrevient à toutes les règles et lois internationales. Pis encore, ses auteurs semblent refuser d’en assumer la responsabilité. Ils en confient l’application à des compagnies aériennes étrangères, qui devront seules affronter la colère de voyageurs algériens ne comprenant pas ce qui leur arrive.

Un billet payé, un passeport valide et un voyage préparé ne suffisent donc plus nécessairement pour un ressortissant algérien souhaitant se rendre au Maroc.

Pour celui qui rejoint la Tunisie ou la France avant de poursuivre son trajet vers le Royaume, un refus au second embarquement peut avoir des conséquences particulièrement lourdes. Il peut avoir déjà payé plusieurs billets, un hébergement et des transports, avant de découvrir, en cours de route, que son voyage ne pourra aboutir.

La possibilité de récupérer ces dépenses dépend des conditions de réservation et des circonstances du refus. Le préjudice, lui, est immédiat : déplacement interrompu, séjour compromis et retour à organiser.

Que deviennent les épouses et les enfants ?

Le sort des familles soulève une autre question essentielle. Un Algérien titulaire d’un titre de séjour marocain pourrait satisfaire au critère rapporté. Mais qu’adviendrait-il de son épouse ou de ses enfants, également algériens, s’ils ne disposent pas du même document ?

Pourraient-ils l’accompagner sur présentation d’un livret de famille ? Existe-t-il une exception pour les enfants mineurs, les conjoints ou les visites familiales ? Faudrait-il obtenir une autorisation particulière ? Et auprès de quel service ?

Et pour les personnalités universitaires et culturelles invitées à des manifestations organisées au Maroc, la présentation de l’invitation à l’agent aéroportuaire d’une compagnie aérienne ne suffira certainement pas pour lui permettre de voyager.

Aucune réponse ne figure dans les informations publiées par le quotidien marocain. Il s’agit pourtant de situations ordinaires, dont le traitement devrait être clairement expliqué. Une famille ne devrait pas découvrir au comptoir d’enregistrement qu’un parent peut partir tandis que les autres doivent rester.

Le manque de communication n’est donc pas un détail administratif : il est au cœur du problème. Lorsqu’une décision bouleverse les déplacements et la vie des familles, ses auteurs doivent en expliquer les raisons et en assumer publiquement la responsabilité. C’est précisément ce que semblent refuser de faire les auteurs de cette mesure inique.