Pour Pedro Canales

La guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, ainsi que l’hécatombe économique mondiale qui secoue les marchés en raison de la hausse brutale des prix du pétrole et du gaz, s’est invitée comme un intrus dans les élections régionales organisées ce dimanche en Espagne.

Le scrutin tenu dans la communauté autonome de Castille-et-León a eu en toile de fond non déclarée les effets de la guerre sur les conditions de vie de la population espagnole.

Les élections, convoquées de manière anticipée par le Parti populaire de centre droit qui dirige le gouvernement régional, ont donné comme résultat une augmentation des voix et deux sièges supplémentaires pour le parti au pouvoir, ainsi que deux autres représentants pour le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) qui dirige l’opposition locale, et un siège pour le parti d’extrême droite VOX. À l’exception d’un petit parti local provincial, les formations situées à la gauche du PSOE ont été exclues.

L’augmentation des voix et des députés appelés ici « procuradores » du camp de la droite s’explique par un fond de protestation contre le gouvernement central présidé par le socialiste Pedro Sánchez, que beaucoup tiennent pour responsable de ne pas avoir pris de mesures pour atténuer la hausse des prix du carburant, la cherté des produits de base provoquée par les effets de la guerre et les conséquences catastrophiques que le conflit international peut avoir sur le secteur agricole.

La Castille-et-León est l’une des plus grandes communautés autonomes d’Espagne, représentant 19 % de la superficie totale du pays, mais seulement 5 % de sa population. Elle constitue l’exemple le plus frappant de « l’Espagne vidée », où l’on trouve très peu de jeunes, des villages abandonnés, une population très âgée et des communications précaires.

La guerre a encore accentué la solitude de la population locale, ce qui explique son soutien à la droite traditionnelle mais aussi à la droite radicale.

Le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), qui dirige le gouvernement espagnol, a toutefois réussi à freiner l’hémorragie subie lors des deux précédentes élections régionales en Estrémadure et en Aragon, où il avait obtenu les pires résultats de son histoire. En Castille-et-León en revanche, les socialistes se sont accrochés au slogan « Non à la guerre » lancé quelques jours plus tôt par le président du gouvernement, et ont ainsi réussi à capter le vote de toutes les formations situées à leur gauche, qui n’ont obtenu aucun représentant au parlement régional.

Pedro Sánchez a annoncé à la télévision son « Non à la guerre » tout en interdisant aux États-Unis d’utiliser les bases militaires conjointes, la base navale de Rota et la base aérienne de Morón, pour la guerre contre le régime chiite d’Iran. Cela a conduit les États-Unis à retirer quatorze avions ravitailleurs et de transport logistique de ces bases conjointes et à les envoyer en Allemagne et en Grande-Bretagne.

La décision surprenante du gouvernement espagnol relevait davantage de calculs politiques internes que de considérations géopolitiques, car au même moment le ministère espagnol de la Défense envoyait à Chypre, en soutien à la base militaire britannique sur l’île attaquée par un drone iranien, sa frégate la plus moderne, la « Cristóbal Colón », équipée de systèmes de combat AEGIS, d’une coque de protection balistique en acier et de systèmes de contre-mesures et de guerre électronique. L’objectif de Pedro Sánchez est apparu quelques jours plus tard et a produit un effet centripète sur les voix perdues à sa gauche.

Lors des élections régionales de 2015, le mouvement de gauche radicale alors récemment créé PODEMOS avait obtenu dix députés au Parlement de Castille-et-León et 164 mille voix, dont la majorité s’est aujourd’hui transformée en « vote utile » de soutien au PSOE.

Dans une opération risquée de calcul politique, le président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez a réussi, grâce à son « Non à la guerre », à contenir la perte de voix dans son propre parti et à attirer la majorité des électeurs situés à sa gauche. Une opération qui lui a valu la colère de Donald Trump et la surprise de ses homologues européens.