Pedro Canales, pour LeMed24

Les quatre interlocuteurs impliqués dans le conflit du Sahara occidental se réunissent de nouveau aujourd’hui et demain à Washington, invités par Donald Trump afin de régler la question le plus rapidement possible.

Les trois ministres des Affaires étrangères du Maroc, de l’Algérie et de la Mauritanie, ainsi que le représentant de la politique extérieure du Front Polisario, se retrouvent deux semaines après leur rencontre à Madrid, avec un document posé sur la table des négociations : le plan d’autonomie modifié de la région présenté par le Maroc.

Donald Trump a déjà obtenu deux points importants. Premièrement, que le format de la rencontre redevienne quadripartite, comme l’avait initié il y a un peu plus de huit ans l’envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU de l’époque, l’Allemand Horst Köhler, à Genève en décembre 2018. Ce format ne fut répété qu’une seule fois, un an plus tard, en 2019, également à Genève. Par la suite, l’Algérie et le Polisario ont rejeté en bloc la poursuite de ce format et n’ont accepté que des négociations « bilatérales », entre le Polisario et le gouvernement marocain.

L’Algérie a mis en jeu toute la crédibilité de sa diplomatie et a fait de cette position une question non négociable. « Nous n’accepterons jamais des négociations à quatre », n’ont cessé de répéter les ministres, les ambassadeurs à l’ONU et les hauts représentants de la présidence algérienne.

Cependant, le défi lancé par Alger à Washington, du duo Tebboune/Chengriha à Donald Trump, s’est dégonflé et s’est soldé par un échec. Le ministre Ahmed Attaf a déjà participé, il y a deux semaines, à la réunion quadripartite à l’ambassade américaine à Madrid, et il y participe de nouveau aujourd’hui à Washington. Le Polisario suit simplement le mouvement ; et les protestations énergiques de certains dirigeants historiques du mouvement indépendantiste, comme Bachir Mustapha Sayed, qui rejette le dialogue à quatre s’il n’inclut pas l’option de l’indépendance, apparaissent pour l’instant comme des salves d’honneur.

La seconde « victoire », partielle mais non moins importante, est que « les parties » acceptent de discuter d’un document sur la table : le plan réformé et plus détaillé présenté récemment par le Maroc.

L’invitation adressée par Donald Trump aux quatre, par l’intermédiaire de ses deux négociateurs clés, Massad Boulos et Marco Rubio, inclut le droit de débattre point par point l’ensemble du plan, en s’y opposant, en le modifiant ou en en élargissant le contenu. Aucun des thèmes clés présentés par le Maroc dans le document n’est verrouillé : élections locales, formation du Parlement autonome, choix du Président, mise en place d’un pouvoir judiciaire autonome, économie, commerce, investissements, organisation politique de la société, représentation et symboles institutionnels. L’État central se réserve les prérogatives stratégiques essentielles : défense et sécurité, politique étrangère, contrôle des frontières. Le reste est sujet à discussion.

Dans la corbeille des débats, il y a cependant des points pour et contre tous les participants. L’Algérie et le Front Polisario insistent pour approfondir politiquement et juridiquement le concept même d’autodétermination, que les Nations unies considèrent comme un principe sacré depuis leur création après la Seconde Guerre mondiale. Sur cette base, ils s’opposent à ce que le plan soit approuvé par référendum « de tout le peuple marocain », comme le souhaite Rabat, et exigent qu’il le soit uniquement par « la population sahraouie des territoires ».

Pour les négociateurs sahraouis et algériens, l’élection du « Président autonome » ne peut pas se faire par dahir royal et être placée entre les mains du Roi. Il n’existe aucun exemple dans le monde de structures autonomes ou régionales pouvant servir de modèle à une centralisation du pouvoir d’une telle ampleur. Dans les pays pouvant servir de référence, il n’existe que deux options : soit le Président local est élu au suffrage universel, soit il est élu par une chambre elle-même issue de l’élection directe de la population. Ce n’est jamais le chef de l’État qui désigne un Président autonome. Aucun des pays formant le Groupe des amis du Sahara à l’ONU, à savoir les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Russie et l’Espagne, ne peut servir d’exemple au Maroc sur ce point. Aux États-Unis, les gouverneurs des États fédérés sont élus directement par les électeurs ; en Espagne également ; en Allemagne, en Grande-Bretagne et en France, les présidents régionaux sont élus par les chambres ou parlements régionaux élus au suffrage universel.

Cependant, ce point du débat n’est pas très confortable pour l’Algérie, où il n’existe ni régions, ni autonomies, ni parlements régionaux. Les walis, équivalents des gouverneurs de province ou de wilaya, sont tous nommés directement par le Président de la République. L’Algérie dispose de peu d’exemples à présenter pour contester le plan marocain sur ce point.