Par Me Aïssa Rahmoune*
En ce 10 décembre, date anniversaire de la Déclaration universelle des droits humains, il faut rappeler avec force que la dignité humaine n’est ni une faveur accordée par les États, ni un privilège réservé à quelques-uns.
Elle est un droit universel, inaliénable, indivisible. Et en Algérie, comme ailleurs, elle doit être défendue avec la même constance que celle qui anima les rédacteurs de la DUDH en 1948. Aujourd’hui, nous témoins, citoyen·ne·s, militant·e·s, universitaires, journalistes, familles de détenus, artistes, syndicalistes et défenseurs vivons un moment où les libertés fondamentales reculent, la liberté d’expression, la liberté d’association, la liberté de manifestation pacifique, le droit à un procès équitable, la protection contre la détention arbitraire, le droit à la sécurité et à l’intégrité physique, le droit à la vérité et à la mémoire. Tout simplement le droit d’avoir des droits.
Pour ces droits, des femmes et des hommes en Algérie continuent de payer un prix lourd : arrestations arbitraires, poursuites infondées, criminalisation de l’opinion, usage disproportionné des lois sécuritaires, dissolution d’associations, pressions sur les familles, exil forcé, harcèlement numérique et judiciaire. Nous pensons en ce jour à tous les prisonniers d’opinion, connus et anonymes, à leurs proches, à ceux qui subissent en silence. Nous pensons à celles et ceux qui, en Algérie et dans la diaspora, persistent à dire non à l’injustice, malgré la peur, malgré la solitude, malgré l’usure.
Mais nous savons aussi ceci : le vent ne cessera jamais de tourner. Car aucun système ne peut indéfiniment étouffer la parole, effacer les mémoires ou éteindre le désir de dignité.
Parce que les droits humains ne sont pas une revendication conjoncturelle, mais une dynamique historique. Parce que la société civile, même fragmentée, même contrainte, demeure vivante. Parce que les solidarités à l’intérieur du pays, dans le Maghreb et dans la diaspora, se recomposent, se professionnalisent, s’outillent. Parce que les archives, les témoignages et les preuves se multiplient : la mémoire collective se construit, malgré tout. Aujourd’hui personne ne doit être emprisonné pour une opinion, une publication, un propos ou une activité associative. que toute législation doit respecter les standards internationaux, notamment en matière de terrorisme, de cybersécurité et d’association. que la justice doit être indépendante, loin des pressions politiques et/ou sécuritaire. que les familles des détenus doivent être respectées et protégées, entendus et soutenus. que la société civile a le droit d’exister, de s’organiser, de s’exprimer et d’avoir des relations internationales. que la vérité et la mémoire sont des droits humains, et que nul pouvoir ne peut les confisquer durablement, que les familles victimes de disparitions forcés doivent continuer leurs combats pour la vérité et la justice. À toutes les Algériennes et tous les Algériens qui espèrent, résistent, documentent, écrivent, témoignent, consolent, soignent, soutiennent, vous n’êtes pas seuls. Et même dans la nuit, même quand tout semble figé, même lorsque le silence paraît l’emporter, nous savons que le vent ne cessera jamais de tourner. Car la justice finit toujours par trouver son chemin. Parce que la liberté n’est jamais un luxe : c’est un droit humain fondamental. Parce que la dignité, lorsqu’elle est bafouée, appelle inévitablement à se relever et a se révolter. En ce 10 décembre, nous renouvelons notre engagement. Pour les droits. Pour la mémoire. Pour la justice. Pour la liberté. Le vent tourne. Il tournera encore.
* Secrétaire Général de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme



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