Ces derniers temps, certains ouvrages prétendent lever le voile sur « le mystère » entourant Sa Majesté le Roi Mohammed VI, notamment le livre du journaliste Thierry OBERLÉ, connu pour son travail au sein du journal Le Figaro.
Cependant, au-delà du sensationnel et des titres accrocheurs, une question essentielle mérite d’être posée : avec quelle légitimité, quelle proximité réelle du terrain et quelle profondeur historique peut-on prétendre analyser une monarchie millénaire depuis l’étranger ?
Le Maroc ne se résume pas à une simple actualité internationale décryptée à distance. C’est une nation riche d’une histoire pluriséculaire, d’une identité forte et d’une monarchie profondément enracinée dans la culture, la spiritualité et la stabilité du pays. L’institution monarchique marocaine, parmi les plus anciennes au monde aux côtés de celle du Japon, ne peut être comprise uniquement à travers des grilles de lecture occidentales ou des analyses détachées de la réalité quotidienne des Marocains.
La critique est un droit. La liberté d’expression est un principe fondamental. Mais cette liberté s’accompagne de responsabilité. Une enquête sérieuse exige des sources solides, une connaissance intime du contexte et une volonté d’équilibre. Lorsque des affirmations reposent sur des interprétations, des témoignages indirects ou des constructions narratives discutables, il est légitime de s’interroger : cherche-t-on à informer ou à susciter la controverse ?
Écrire sur un Roi, ce n’est pas commenter une personnalité publique ordinaire. C’est évoquer une institution qui incarne l’unité nationale, la continuité de l’État et un rôle religieux et historique spécifique. Réduire cette complexité à une vision partielle risque de donner une image déformée de la réalité.
Ce qui dérange, ce n’est pas la critique en elle-même, mais le regard extérieur qui prétend définir une vérité absolue sans vivre les dynamiques internes du pays, sans ressentir le lien profond entre le Trône et le peuple. Le Maroc ne peut être compris uniquement à travers des archives, des opposants ou des analyses géopolitiques. Il se comprend en connaissant son histoire, sa société et ses équilibres subtils.
Défendre notre Roi, ce n’est pas refuser le débat. C’est refuser l’approximation. C’est refuser que l’on parle à la place d’un peuple. C’est rappeler que la souveraineté d’un pays implique aussi le respect de ses institutions.
Avant de juger, il faut comprendre. Avant d’écrire, il faut mesurer l’impact de ses mots. Et avant de prétendre révéler un « mystère », il faut s’assurer de ne pas en créer un artificiel.
Le Maroc mérite mieux que des raccourcis. Il mérite un regard juste, informé et respectueux.
Boutaïna HASSANI Professeure de l’Enseignement Supérieur
Université Mohammed premier Oujda
b. hassani.boutaina.pr@ump.ac.ma boutainah@gmail.com



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