Le Fonds monétaire international a averti que les déséquilibres budgétaires et extérieurs de l’Algérie continuent de se creuser, malgré la reprise enregistrée après la pandémie. Dans son dernier rapport au titre des consultations de l’article IV pour 2025, l’institution internationale estime qu’un ajustement rapide et ambitieux est indispensable afin d’éviter des tensions croissantes de financement dans les prochaines années, dans un contexte marqué par la persistance des déficits et la vulnérabilité aux chocs externes, notamment la volatilité des prix des hydrocarbures.
Selon le rapport, la croissance économique a ralenti à 3,6 % en 2024, contre 4,1 % en 2023, principalement en raison de la réduction de la production d’hydrocarbures. Si l’activité hors hydrocarbures reste soutenue par l’investissement public et la demande intérieure, cette dynamique demeure fortement dépendante de la capacité budgétaire de l’État, laquelle s’érode sous l’effet d’un déficit élevé et durable.
Le FMI souligne que l’inflation a reculé autour de 4 %, après avoir atteint des niveaux élevés au cours des deux dernières années. Toutefois, cette amélioration conjoncturelle ne masque pas la détérioration des comptes publics. Le déficit budgétaire s’est élargi à 13,9 % du PIB en 2024, tandis que le compte courant est passé d’un excédent à un déficit, sous l’effet de la baisse des exportations d’énergie et de la hausse des importations.
L’institution met en garde contre la dépendance persistante aux recettes des hydrocarbures, qui expose les finances publiques aux fluctuations des marchés internationaux. En cas de baisse prolongée des prix du pétrole ou d’aggravation des incertitudes mondiales, les autorités pourraient faire face à des pressions accrues sur l’investissement public et les recettes de l’État. Les marges de manœuvre budgétaires se sont nettement réduites, augmentant les risques liés au financement du déficit et à l’évolution de la dette publique.
Les projections du FMI indiquent que la dette publique pourrait dépasser 80 % du PIB d’ici 2030 si la trajectoire actuelle n’est pas corrigée. Un tel niveau limiterait fortement la capacité de l’État à financer les dépenses sociales et les projets d’investissement, tout en accentuant la vulnérabilité macroéconomique du pays.
Pour éviter ce scénario, le FMI recommande un ajustement budgétaire progressif équivalant à 5 % du PIB d’ici 2028. Cet effort devrait passer par le renforcement des recettes non pétrolières, la réforme des subventions énergétiques, l’amélioration de la gestion des finances publiques et la réduction de l’écart fiscal. Sur le plan monétaire, le rapport insiste sur la nécessité d’ancrer clairement la stabilité des prix comme objectif prioritaire et d’éviter tout financement direct du Trésor.
Le Fonds préconise également une plus grande flexibilité du taux de change afin de mieux absorber les chocs extérieurs et de réduire l’écart entre le marché officiel et le marché parallèle. Bien que les perspectives à court terme puissent bénéficier d’une reprise progressive de la production d’hydrocarbures dans le cadre des ajustements de l’OPEP, cette amélioration demeure fragile et ne dissipe pas les risques structurels.
Dans un environnement international instable, marqué par les tensions géopolitiques et l’incertitude commerciale, le FMI estime que l’Algérie se trouve à un tournant décisif. Sans réformes profondes et structurantes, les déséquilibres budgétaires et l’augmentation de la dette pourraient peser durablement sur la stabilité financière et la crédibilité économique du pays.



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