Le régime algérien a longtemps été confronté à un problème chronique lié à la légitimité politique. De nombreuses figures qui ont occupé les plus hautes positions du pouvoir au cours des dernières décennies ne possèdent, selon les critiques du régime, ni légitimité historique ni véritable parcours lié à la guerre de libération ou à l’histoire du mouvement national. En l’absence de cette légitimité, le régime s’est appuyé sur d’autres mécanismes pour se maintenir, notamment le contrôle sécuritaire et la reproduction des mêmes réseaux dirigeants.
Ces dernières années, un nouveau schéma est apparu au sein de ce système, consistant à introduire les fils de responsables et de figures liées au régime dans les centres de décision. Ce phénomène reflète, selon de nombreux observateurs, une forme non déclarée de transmission de l’influence au sein d’un État qui se présente comme une république mais fonctionne parfois selon une logique proche des systèmes héréditaires.
Le cas de Hassan Tadjini Haddam
L’un des exemples qui illustre cette situation est celui de Hassan Tadjini Haddam.
Son père, Tadjini Haddam, était un médecin connu en Algérie, spécialiste des maladies du cœur. Il a également occupé le poste d’ambassadeur d’Algérie en Tunisie et était le médecin qui suivait l’état de santé de l’ancien président tunisien Habib Bourguiba. Il était aussi connu pour son intérêt pour la religion et pour sa stature scientifique, en plus des responsabilités académiques importantes qu’il a exercées.
Après la mort du père, le fils Hassan Tadjini Haddam est apparu sur la scène. Lui aussi était médecin, spécialisé en pédiatrie et en allergologie, et il enseignait à l’hôpital universitaire Mustapha Pacha à Alger. Son parcours scientifique était clairement ancré dans le domaine médical, un secteur dont le pays a fortement besoin en raison du manque de médecins spécialistes.
Cependant, en 2014, il a été nommé directeur général de la Caisse nationale des assurances sociales, un poste administratif très éloigné de sa spécialité médicale. Quelques années plus tard seulement, en 2019, il est entré au gouvernement en devenant ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale.
Les critiques du régime considèrent que ce parcours révèle la manière dont fonctionne le pouvoir, où certaines compétences sont retirées de leur domaine d’origine pour être introduites dans les cercles du pouvoir et devenir partie intégrante du réseau politique du régime. Une fois entré dans ce cercle, commence une autre phase faite de relations, d’influence et de privilèges.
Par la suite, Hassan Tadjini Haddam s’est retrouvé au centre d’affaires de corruption. Des décisions judiciaires ont été prononcées contre lui, avec une peine de prison de sept ans qui a ensuite été réduite à cinq ans. Cette affaire est devenue un exemple souvent utilisé par les critiques pour affirmer que le régime ne se contente pas d’introduire les fils de responsables dans le pouvoir, mais les entraîne également dans les mêmes cercles de corruption qui caractérisent le système.
Le cas de Mohamed Sadek Aït Messaoudane
Un autre exemple illustrant ce phénomène est celui de Mohamed Sadek Aït Messaoudane.
Il est médecin spécialisé dans les maladies du cœur et dirigeait le service de cardiologie à l’hôpital Mustapha Pacha.
Ce qui attire l’attention dans son parcours n’est pas seulement sa carrière médicale, mais aussi son origine familiale. Il est le fils de Saïd Aït Messaoudane, l’un des noms historiques de l’Algérie, connu comme étant le premier pilote algérien.
Saïd Aït Messaoudane est né en 1933 et est originaire de la région de Kabylie. Il a étudié en Algérie avant de rejoindre l’armée française où il s’est spécialisé dans l’aviation. Lorsqu’il se trouvait dans une base aérienne française à Marrakech, il a saisi l’occasion pour entrer en contact avec les dirigeants du Front de libération nationale, dont Mouloud Kacem et d’autres responsables de la révolution algérienne.
En 1958, il a rejoint les rangs de l’Armée de libération nationale en Tunisie. Après l’indépendance, il est devenu le premier commandant de l’armée de l’air algérienne, puis a occupé plusieurs postes gouvernementaux, dont celui de ministre des Communications et ministre de la Santé sous la présidence de Houari Boumédiène.
Son fils Mohamed Sadek a suivi un parcours différent en choisissant la médecine et en se spécialisant en chirurgie cardiaque. Cependant, en 2025, il a été introduit dans le gouvernement en tant que ministre, ce qui a relancé le débat sur l’introduction des fils de figures historiques dans les cercles du pouvoir.
Un réseau fermé pour reproduire le pouvoir
Ces exemples renforcent chez de nombreux Algériens l’idée que le régime algérien fonctionne à travers un réseau fermé de relations et d’influence, où le pouvoir continue de circuler au sein des mêmes cercles familiaux et politiques.
Les critiques du régime estiment que ce qui se produit aujourd’hui ressemble à une forme de « transmission de l’influence », même s’il ne s’agit pas d’une transmission officielle du pouvoir comme dans les monarchies.
Le pouvoir ne se transmet pas tant par les urnes que par les réseaux de relations entre les hauts responsables politiques et militaires.
Une république ou une « jumloukia » ?
Ce phénomène a conduit certains observateurs à considérer que le régime algérien se situe dans une zone intermédiaire entre la république et la monarchie. Il n’existe pas de transmission officielle du pouvoir, mais l’influence circule au sein des mêmes familles et des mêmes réseaux politiques.
Alors que le régime insiste pour se présenter comme un système républicain, ses critiques estiment que la réalité politique révèle une structure différente, fondée sur la reproduction des mêmes élites à travers les générations.
Dans ce contexte, une question continue de se poser en Algérie :
le régime algérien est-il réellement capable de renouveler sa classe dirigeante, ou bien le pouvoir restera-t-il confiné dans les mêmes cercles qui dominent la scène politique depuis l’indépendance ?
Regardez la vidéo :
l’intervention du journaliste Hicham Abboud sur ce sujet.



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