Depuis 2020, l’Algérie et l’Iran ont fortement augmenté leurs dépenses militaires dans un contexte régional marqué par les tensions géopolitiques et l’instabilité internationale. Mais derrière ces chiffres parfois comparables se cachent en réalité deux visions totalement différentes de la puissance militaire : l’une fondée sur la production nationale d’armements, l’autre sur l’importation massive d’équipements militaires.
Une forte hausse des dépenses depuis 2020
En Algérie, le budget militaire a connu une augmentation spectaculaire ces dernières années. En 2020, les dépenses de défense s’élevaient à environ 9,7 milliards de dollars. Elles ont légèrement baissé en 2021 pour atteindre 9,1 milliards, avant de remonter en 2022 à 9,15 milliards de dollars.
Mais c’est à partir de 2023 que la hausse devient spectaculaire. Cette année-là, l’Algérie double quasiment son budget militaire, qui atteint plus de 18 milliards de dollars. En 2024, il dépasse 21 milliards de dollars, pour atteindre en 2025 près de 23 à 25 milliards de dollars, faisant de l’Algérie l’un des plus importants budgets militaires du continent africain.
L’Iran consacre lui aussi des ressources importantes à sa défense, mais selon une trajectoire différente. En 2020, son budget militaire était estimé à environ 3,3 milliards de dollars, avant de progresser progressivement pour atteindre 5,7 milliards en 2021, 7,3 milliards en 2022 et près de 7,9 milliards en 2024. Certaines estimations plus larges évoquent cependant des montants supérieurs si l’on inclut les dépenses indirectes liées aux programmes militaires.
Le rappel des années Bouteflika
Cette politique de dépenses militaires élevées ne date pas d’aujourd’hui en Algérie. Sous la présidence d’Abdelaziz Bouteflika (1999-2019), le pays consacrait déjà des sommes considérables à la modernisation de son armée.
Durant les années 2010, le budget militaire algérien oscillait généralement entre 9 et 11 milliards de dollars par an, plaçant déjà le pays au premier rang africain en matière de dépenses de défense. Cette période a été marquée par des acquisitions massives d’armements, notamment auprès de la Russie, de l’Allemagne et de la Chine.
Deux stratégies militaires radicalement différentes
Mais la différence fondamentale entre l’Algérie et l’Iran réside dans l’utilisation même de ces budgets militaires.
En Iran, une grande partie des ressources consacrées à la défense est investie dans le développement d’une industrie d’armement nationale. Confronté à des décennies de sanctions internationales, Téhéran a choisi la voie de l’autonomie stratégique.
Le pays a ainsi développé une capacité de production importante dans plusieurs domaines : missiles balistiques, drones militaires, systèmes de guerre électronique et armements sophistiqués. Les drones iraniens sont aujourd’hui utilisés dans plusieurs théâtres d’opérations et constituent l’un des symboles de cette stratégie d’indépendance technologique.
En Algérie, la logique est très différente. L’essentiel du budget militaire est consacré à l’achat d’armements à l’étranger : avions de combat, systèmes de défense aérienne, chars, blindés et navires militaires.
Cette dépendance aux importations signifie que la valeur industrielle et technologique liée à ces dépenses reste largement hors du pays.
Une réalité économique contrastée
La comparaison entre les deux pays prend également une dimension économique et sociale.
Malgré les sanctions internationales qui pèsent lourdement sur son économie, l’Iran a réussi à maintenir un tissu industriel relativement diversifié, notamment dans les secteurs de l’automobile, de la pétrochimie et de l’armement.
En Algérie, l’économie reste fortement dépendante des revenus des hydrocarbures. Dans le débat public, certains critiques dénoncent l’écart entre ces dépenses militaires colossales et la réalité du quotidien de nombreux citoyens.
Le pays est parfois surnommé ironiquement « Tabouristan », en référence aux longues files d’attente qui se forment régulièrement pour obtenir certains produits de base subventionnés, comme le lait, la semoule ou l’huile.
Dans le même temps, l’Algérie est confrontée à un phénomène migratoire préoccupant : des milliers de personnes, jeunes ou moins jeunes, hommes, femmes et parfois familles entières, tentent chaque année de quitter le pays par la mer dans l’espoir d’une vie meilleure.
Une différence de vision stratégique
Au final, la comparaison entre les budgets militaires de l’Algérie et de l’Iran révèle bien plus qu’une simple question de chiffres.
Elle met en lumière deux visions radicalement différentes de la puissance militaire. L’Iran a choisi de développer une industrie de défense nationale capable de produire ses propres armes. L’Algérie, malgré ses ressources énergétiques considérables, continue de dépendre largement des fournisseurs étrangers pour équiper son armée.
Au-delà des montants annoncés, la question centrale demeure donc celle de la finalité de ces dépenses : produire de la puissance industrielle ou financer une dépendance militaire extérieure.



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