Une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux met en lumière un imposant monument historique algérien, présenté comme l’un des plus anciens témoignages architecturaux d’Afrique du Nord. Il s’agit du mausolée royal numide d’Imedghassen (Medghassen), situé dans la commune de Boumia, dans la wilaya de Batna, à l’est de l’Algérie.
Alors que la vidéo évoque un monument vieux d’environ 2 000 ans, les sources archéologiques situent généralement sa construction entre la seconde moitié du IVe siècle et le début du IIIe siècle avant J.-C. Son âge réel dépasse donc largement deux millénaires et pourrait atteindre environ 2 300 à 2 400 ans selon la datation retenue.
Un monument monumental de la civilisation numide
Imedghassen n’est pas un simple amas de pierres anciennes. Il s’agit d’un mausolée royal à l’architecture particulièrement remarquable.
Selon le dossier consacré par l’Algérie à l’Unesco, le monument mesure environ 59 mètres de diamètre et près de 18 mètres de hauteur. Sa forme circulaire et étagée correspond à un type de monument funéraire appelé bazina.
Son architecture associe des éléments issus des traditions locales anciennes à différentes influences méditerranéennes et orientales, notamment grecques et égyptiennes.
Des études archéologiques décrivent une structure circulaire surmontée de gradins et entourée de colonnes de style dorique. Malgré ces influences architecturales, l’ensemble conserve les caractéristiques générales des anciens monuments funéraires de type bazina en Afrique du Nord.
Qui est enterré à l’intérieur d’Imedghassen ?
C’est l’une des grandes énigmes entourant le monument.
Imedghassen est considéré comme un mausolée royal numide, mais l’identité exacte de la personne qui y aurait été inhumée n’est pas établie de manière définitive.
Certaines traditions anciennes et modernes associent le monument à un souverain numide précis. Cependant, les études spécialisées ne fournissent pas de preuve suffisamment concluante permettant d’identifier avec certitude son occupant.
Il est donc plus prudent de parler d’un mausolée royal numide dont l’identité du personnage enterré reste discutée, même si sa fonction funéraire et son caractère royal sont largement reconnus par les spécialistes.
L’archéologue français Gabriel Camps a notamment consacré plusieurs travaux à l’histoire et à l’architecture d’Imedghassen. Ses recherches montrent que le monument fait depuis plusieurs siècles l’objet d’observations, d’explorations et d’études visant notamment à déterminer son âge, sa fonction et l’identité de son constructeur ou de son occupant.
Comment a-t-il résisté pendant plus de deux mille ans ?
Construit à partir de blocs de pierre imposants, le mausolée a traversé plusieurs millénaires malgré les changements politiques, sociaux et environnementaux qui ont marqué la région.
Mais sa longévité ne signifie pas que son état de conservation est aujourd’hui parfait.
Au fil des années, le monument a fait l’objet de nombreuses alertes concernant sa préservation. Certains éléments ont été fragilisés par les facteurs naturels et par les interventions humaines.
Les images diffusées dans la vidéo montrent notamment la présence de supports en bois dans certaines parties du monument, signe des besoins en matière de sécurisation, de consolidation et de restauration.
Des rapports antérieurs avaient déjà fait état de dégradations liées notamment aux eaux de pluie, aux mouvements du terrain, aux excavations ainsi qu’à certaines interventions humaines.
L’Algérie renforce les mesures de protection
Le dossier de conservation du monument fait toujours l’objet d’une attention particulière des autorités algériennes.
Le 14 juillet 2026, la ministre algérienne de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, s’est rendue sur le site d’Imedghassen et a insisté sur la nécessité d’achever l’étude consacrée au projet de valorisation et de sécurisation du site archéologique.
Selon l’Agence de presse algérienne, la deuxième phase de l’opération d’urgence consacrée à l’élaboration d’une étude pour la protection et la valorisation du site était alors proche de son achèvement, avant le lancement d’une troisième phase.
La ministre a également souligné l’importance historique du monument en tant que l’un des plus anciens témoignages de la civilisation numide en Algérie.
Cette démarche intervient dans le cadre des efforts visant à inscrire plusieurs mausolées royaux anciens d’Algérie sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’Unesco.
En 2025, l’Algérie a notamment soumis un dossier comprenant six monuments, dont Imedghassen, présentés comme des témoignages de la civilisation numide et de l’évolution de l’architecture funéraire en Afrique du Nord.
Un témoin silencieux d’une histoire millénaire
Ce qui rend Imedghassen particulièrement fascinant n’est pas seulement son âge, mais aussi les nombreuses questions qu’il continue de soulever sur la civilisation numide, ses capacités architecturales et ses relations culturelles avec le monde méditerranéen.
Ce monument imposant, qui a traversé plus de deux mille ans d’histoire, témoigne d’une période majeure de l’histoire de l’Afrique du Nord, bien avant l’extension de la domination romaine dans la région.
Son architecture reflète notamment la rencontre entre des traditions locales anciennes et différentes influences venues du bassin méditerranéen.
Imedghassen constitue ainsi bien plus qu’un ensemble de pierres anciennes : il représente un véritable témoin monumental d’une histoire dont une partie des secrets reste encore à découvrir.



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