Depuis le début des années 2010, les relations entre la Chine et les États-Unis sont entrées dans une phase marquée par la méfiance croissante et l’érosion de la confiance mutuelle. Ce qui relevait autrefois d’un engagement prudent fondé sur des intérêts économiques partagés s’est progressivement transformé en une rivalité stratégique aiguë, chaque puissance percevant l’autre comme une menace directe pour ses valeurs fondamentales, sa légitimité politique et ses intérêts nationaux vitaux.
Cette évolution ne résulte pas uniquement de facteurs externes. Les dynamiques politiques internes, les calculs stratégiques et les craintes liées au déclin ou à la perte de statut ont joué un rôle central. Les politiques de dissuasion adoptées par les deux capitales ont élargi les zones de friction aux domaines militaire, technologique, économique et diplomatique, installant une logique de rivalité durable.
Dans une analyse publiée par la revue Foreign Affairs, David M. Lampton et Wang Jisi avertissent que l’hostilité croissante entre les deux premières puissances mondiales menace d’entraîner une course aux armements, de paralyser les institutions internationales et de détourner l’attention des défis globaux tels que le changement climatique, les pandémies et l’instabilité financière.
Le risque le plus préoccupant réside dans la possibilité d’un conflit accidentel. Des incidents passés, comme la collision aérienne au large de Hainan en 2001 ou le bombardement de l’ambassade chinoise à Belgrade en 1999, montrent qu’une crise mal gérée pourrait aujourd’hui dégénérer en confrontation militaire majeure, voire en escalade nucléaire.
La modernisation rapide des forces nucléaires et conventionnelles, l’expansion des capacités spatiales et cybernétiques et l’intégration de l’intelligence artificielle complexifient la dissuasion. Une guerre entre les deux plus grandes économies mondiales aurait des conséquences systémiques pour l’économie globale et la stabilité internationale.
Malgré ces dangers, une fenêtre d’opportunité demeure. Les signaux diplomatiques échangés entre Xi Jinping et Donald Trump lors d’une rencontre à Busan ont laissé entrevoir la possibilité d’un apaisement, notamment sur le plan commercial. Toutefois, la stabilité ne peut reposer sur un partage exclusif de l’hégémonie. Elle exige un cadre multipolaire, fondé sur le respect mutuel et la coopération multilatérale.
En définitive, si les outils analytiques modernes sont essentiels, ils ne sauraient remplacer la mémoire stratégique, l’expérience dans la gestion des crises et la volonté politique. Prévenir une confrontation majeure entre la Chine et les États-Unis demeure une responsabilité historique dont dépend l’équilibre du monde.



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