Après une finale remportée sur le terrain par le Sénégal, puis attribuée au Maroc sur décision de la CAF, le Tribunal arbitral du sport de Lausanne doit désormais départager les deux fédérations. Au-delà de l’attribution du trophée, c’est la crédibilité de la justice sportive africaine qui se retrouve au centre des débats.
LeMED24 | 10 octobre 2026
Une finale, deux vainqueurs et un titre contesté
Rarement une finale de Coupe d’Afrique des nations aura provoqué un tel imbroglio sportif et juridique. Près de neuf mois après la rencontre du 18 janvier 2026, disputée à Rabat entre le Maroc et le Sénégal, l’identité du champion d’Afrique demeure au cœur d’une bataille judiciaire.
Sur le terrain, les Lions de la Teranga s’étaient imposés par un but à zéro après prolongation. Mais cette victoire a été remise en cause par une décision du Jury d’appel de la Confédération africaine de football (CAF), rendue le 17 mars 2026, attribuant finalement la rencontre au Maroc sur le score de 3-0 par forfait.
La Fédération sénégalaise de football (FSF), refusant cette décision, a saisi le Tribunal arbitral du sport (TAS), installé à Lausanne, en Suisse.
Jeudi 8 octobre, les représentants des deux fédérations et de la CAF ont été entendus à huis clos. Au terme de plusieurs heures de plaidoiries, les trois arbitres chargés du dossier ont entamé leurs délibérations.
À la date du 10 octobre, aucune sentence définitive n’a été annoncée.
Retour sur une finale qui a basculé dans la controverse
Tout commence dans les dernières minutes du temps réglementaire de la finale, lorsque l’arbitre accorde un penalty au Maroc.
Contestant cette décision, plusieurs joueurs sénégalais quittent temporairement la pelouse. La rencontre est interrompue pendant une quinzaine de minutes, avant de reprendre.
Le Maroc manque son penalty. Le Sénégal inscrit ensuite le but victorieux pendant la prolongation.
Le résultat semble alors acquis : le Sénégal remporte la Coupe d’Afrique des nations.
Mais la controverse ne s’arrête pas au coup de sifflet final.
Saisie de recours, la CAF finit par considérer, par l’intermédiaire de son Jury d’appel, que l’interruption provoquée par les joueurs sénégalais constitue un manquement suffisamment grave au règlement de la compétition pour entraîner une défaite par forfait.
Le 17 mars, elle attribue ainsi la victoire au Maroc.
Une décision aux conséquences considérables : le Sénégal perd administrativement un trophée remporté sur le terrain, tandis que le Maroc se voit reconnaître un titre qu’il n’avait pas obtenu au terme de la rencontre.
Lausanne, dernier recours du Sénégal
Le 25 mars 2026, la Fédération sénégalaise de football dépose officiellement son recours devant le TAS.
Elle demande l’annulation de la décision du Jury d’appel de la CAF et la reconnaissance du Sénégal comme vainqueur de la compétition.
L’audience du 8 octobre s’est déroulée devant une formation arbitrale composée de trois spécialistes du droit sportif international :
- Gérald Simon, professeur français, président de la formation ;
- Luigi Fumagalli, professeur italien ;
- Ulrich Haas, juriste allemand.
Les représentants sénégalais et marocains ont défendu leurs positions respectives, tandis que la CAF était représentée par ses conseils.
Le directeur général du TAS, Matthieu Reeb, a indiqué que la juridiction entendait rendre une décision motivée dans les meilleurs délais, évoquant une échéance de quelques jours, sans toutefois fixer de date précise.
Le règlement doit-il primer sur le résultat sportif ?
C’est toute la difficulté de cette affaire.
Deux principes se trouvent confrontés.
Le premier est celui du respect strict des règlements. Une compétition internationale ne peut fonctionner sans règles applicables à toutes les équipes. Le départ temporaire des joueurs sénégalais peut ainsi être considéré comme une infraction susceptible de justifier une sanction sportive.
Le second principe concerne la proportionnalité de cette sanction et ses conséquences sur le résultat d’une rencontre qui a finalement repris et s’est achevée normalement.
La question essentielle est donc de savoir si l’interruption temporaire du match permettait juridiquement à la CAF d’en annuler le résultat et de déclarer le Sénégal perdant par forfait.
Les arbitres devront notamment examiner les dispositions réglementaires invoquées, les circonstances exactes de l’interruption, la portée des décisions prises par les officiels de la rencontre et la régularité de la procédure suivie devant les instances de la CAF.
Le TAS n’est pas appelé à déterminer quelle sélection méritait sportivement de remporter la finale. Il doit établir si la décision contestée est juridiquement fondée.
Trois scénarios pour une décision très attendue
Plusieurs issues demeurent envisageables.
Première hypothèse : la confirmation de la décision de la CAF.
Si le TAS considère que le Jury d’appel a correctement appliqué les règlements, le Maroc conservera le bénéfice de sa victoire administrative par 3-0 et le titre qui lui a été attribué.
Deuxième hypothèse : l’annulation de la sanction.
Si les arbitres estiment que la décision de la CAF est juridiquement infondée, ils pourraient l’annuler et faire droit aux demandes sénégalaises, permettant ainsi la reconnaissance du résultat obtenu sur le terrain.
Troisième hypothèse : une annulation accompagnée d’un renvoi.
Selon les conclusions juridiques retenues et l’étendue des pouvoirs de la formation arbitrale, le dossier pourrait également être renvoyé à l’instance compétente pour un nouvel examen.
Ces scénarios ne constituent pas des prévisions. La décision dépendra des arguments présentés et de l’interprétation des règlements applicables.
La CAF face à une épreuve de crédibilité
Au-delà de l’opposition entre Rabat et Dakar, cette affaire pose une question fondamentale : celle de la sécurité juridique des compétitions organisées par la Confédération africaine de football.
Comment une finale peut-elle être remportée sur le terrain, puis voir son résultat inversé deux mois plus tard ?
La réponse ne peut se limiter aux passions nationales ou aux rivalités sportives. Elle doit être recherchée dans les textes réglementaires, dans leur application et dans les garanties offertes aux équipes concernées.
Le fait qu’une juridiction arbitrale internationale soit désormais appelée à examiner cette décision illustre l’importance du contrôle juridique exercé sur les instances sportives.
Quelle que soit l’issue du recours, la CAF devra tirer les enseignements de cette controverse, notamment sur la gestion des interruptions de match, la clarté de ses règlements et la cohérence de ses procédures disciplinaires.
Car la crédibilité d’une compétition ne repose pas uniquement sur la qualité du spectacle offert sur le terrain. Elle dépend aussi de la transparence et de la prévisibilité des décisions de ses organisateurs.
Un verdict qui dépassera les frontières du football
À Dakar comme à Rabat, la sentence de Lausanne est attendue avec une attention particulière.
Pour les Sénégalais, il s’agit de défendre une victoire acquise au terme de 120 minutes de jeu.
Pour les Marocains, l’enjeu consiste à faire confirmer une décision rendue par l’instance d’appel de la CAF sur le fondement des règlements de la compétition.
Les deux fédérations défendent ainsi des positions opposées dans une procédure dont l’issue pourrait avoir des conséquences importantes sur la jurisprudence sportive africaine.
L’affaire rappelle également qu’un résultat sportif, même obtenu au terme d’une finale, peut être soumis au contrôle des instances disciplinaires et juridictionnelles lorsque des infractions réglementaires sont invoquées.
La véritable question posée à Lausanne n’est donc pas de savoir qui aurait dû gagner le match, mais si le droit permettait d’en changer le vainqueur après le coup de sifflet final.
C’est à cette interrogation que les trois arbitres devront répondre.
Et leur sentence, quelle qu’elle soit, marquera durablement l’histoire de la Coupe d’Afrique des nations.
Rédaction sportive
La Cour d’appel de Rabat a confirmé les peines de prison ferme prononcées à l’encontre de 18 supporters sénégalais impliqués dans les violences ayant émaillé la finale de la Coupe d’Afrique des Nations.
Le verdict, rendu en appel, entérine ainsi le jugement de première instance, balayant les espoirs d’allègement des peines nourris par la défense. Selon des informations relayées par l’Agence France-Presse, les condamnations s’échelonnent entre trois mois et un an de prison ferme, assorties d’amendes.
Dans le détail, neuf accusés ont été condamnés à un an de prison et à une amende de 5 000 dirhams. Six autres écopent de six mois de détention et de 2 000 dirhams d’amende, tandis que trois supporters ont été condamnés à trois mois de prison et à une amende de 1 000 dirhams. Un ressortissant franco-algérien, présenté comme l’un des instigateurs des troubles, a également été condamné à trois mois de prison ferme, assortis de la même amende.
Pour certains des condamnés, notamment ceux ayant écopé de la peine la plus légère, une libération pourrait intervenir dans les prochains jours, en raison du temps déjà passé en détention provisoire.
Des faits largement documentés
Les faits reprochés aux supporters ne laissaient guère de place au doute. Ils ont été reconnus coupables d’actes d’hooliganisme, notamment pour avoir tenté d’envahir la pelouse, dégradé des installations sportives et affronté les forces de l’ordre.
Ces scènes de violence, largement relayées sur les réseaux sociaux et diffusées en direct, ont constitué des éléments à charge déterminants. Pour l’accusation, il s’agissait d’un cas de flagrant délit, rendant la défense particulièrement délicate. Les avocats ont ainsi disposé de peu de marges de manœuvre face à des preuves jugées irréfutables.
Les arguments avancés par les accusés, évoquant notamment un mouvement de foule incontrôlé, n’ont pas convaincu les juges, qui ont estimé que les actes commis relevaient d’une démarche volontaire et organisée.
Une décision en deçà des réquisitions Si la confirmation des peines marque la fermeté de la justice marocaine face aux débordements dans les enceintes sportives, le verdict reste néanmoins inférieur aux réquisitions du parquet, qui avait demandé jusqu’à deux ans de prison ferme.
Ce jugement traduit ainsi un équilibre entre sévérité judiciaire et prise en compte des circonstances, dans un contexte où les violences liées au football suscitent une vigilance accrue des autorités.
Un message clair
Au-delà des condamnations individuelles, cette décision envoie un signal sans ambiguïté : les débordements violents dans les compétitions sportives ne resteront pas impunis, quelle que soit l’origine de leurs auteurs.
Dans un football africain en quête d’image et de crédibilité, la justice marocaine rappelle, à sa manière, que la passion du jeu ne saurait servir de prétexte à la violence — et que, sur le terrain comme dans les tribunes, il existe une ligne rouge que nul ne peut franchir sans en assumer les conséquences.



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