Après une année marquée par la rupture et de fortes tensions avec les trois États du Sahel, l’Algérie a choisi de revenir à Niamey par le biais d’une diplomatie financière, signe d’une révision claire de son approche précédente fondée sur la confrontation collective. L’annonce du retour de l’ambassadeur algérien au Niger ne constitue pas un simple geste protocolaire, mais un message politique aux dimensions régionales dépassant le cadre bilatéral.

La crise trouve son origine dans l’incident lié à l’abattage d’un drone malien que l’Algérie affirmait avoir violé son espace aérien, tandis que Bamako soutenait qu’il évoluait dans son propre territoire. Cet épisode a déclenché une escalade diplomatique ayant conduit le Mali, le Niger et le Burkina Faso à rappeler leurs ambassadeurs d’Alger, avant que l’Algérie ne réplique de la même manière, scellant une rupture politique avec ce qui est désormais connu sous le nom d’Alliance des États du Sahel.

Ces derniers mois ont toutefois révélé un changement notable dans les calculs algériens. Au lieu de poursuivre la logique d’affrontement, Alger a adopté une approche sélective visant le maillon jugé le plus fragile de l’alliance, à savoir le Niger. Selon un rapport du magazine Jeune Afrique, le président Abdelmadjid Tebboune a envoyé des signaux d’ouverture à Niamey, invitant officiellement le général Abdourahamane Tiani à se rendre en Algérie.

Le tournant majeur réside dans l’usage intensif d’une diplomatie économique. Consciente des difficultés financières du Niger, l’Algérie a activé ses leviers énergétiques. La reprise des activités de Sonatrach sur le champ pétrolier de Kafra ne constitue pas seulement une décision économique, mais également un signal politique fort.

Estimé à environ 260 millions de barils de réserves, ce champ représente un atout stratégique pour l’économie nigérienne, dans un contexte où le pétrole devrait peser lourdement dans les recettes fiscales à l’horizon 2026. Le projet de gazoduc transsaharien demeure également une carte stratégique entre les mains d’Alger.

Ce repositionnement intervient dans un environnement régional transformé, marqué notamment par le rapprochement du Maroc avec les États sahéliens, après l’initiative royale visant à offrir un accès à l’océan Atlantique via le port de Dakhla.

En définitive, le retour de l’ambassadeur algérien à Niamey apparaît davantage comme une tentative de reconquête d’influence que comme une stratégie globale cohérente. Reste à savoir si la diplomatie financière suffira à fissurer une alliance née dans un contexte de rupture avec les partenaires traditionnels de la région.