L’ancien président du comité de wilaya du Croissant-Rouge algérien à Skikda, Yacine Benchattah, a de nouveau été entendu par le parquet en qualité de plaignant. Alors que l’affaire continue de susciter une vive attention médiatique et que l’opinion réclame transparence et équité, une question demeure au cœur des interrogations : la présidente du Croissant-Rouge, Ibtissam Hamlaoui, sera-t-elle convoquée et traitée comme n’importe quelle justiciable ?

Dans une publication sur sa page Facebook, l’avocate Me Latifa Dib a indiqué que son client a été auditionné durant plusieurs heures par le procureur de la République, en sa présence en tant qu’avocate. Cette audition intervient dans le cadre d’une plainte déposée par Benchattah lui-même, marquant une nouvelle étape dans un dossier aux implications à la fois judiciaires et institutionnelles.

Des dénonciations internes à l’origine du conflit

L’affaire remonte à 2023. Yacine Benchattah, accompagné de Hadjer Zitouni, ancienne directrice de la communication du Croissant-Rouge, avait signalé ce qu’ils présentaient comme des irrégularités graves dans la gestion de l’organisation : détournements présumés d’aides humanitaires, utilisation contestée de fonds et pratiques administratives opaques.

En réaction, en avril 2024, la présidente Ibtissam Hamlaoui dépose plainte contre les deux cadres pour diffusion de fausses informations, atteinte à l’ordre public et diffamation sur les réseaux sociaux.

S’ensuit une procédure rapide : interpellation par la brigade de recherches de la Gendarmerie nationale, présentation devant le juge d’instruction du tribunal de Bir Mourad Raïs, placement en détention provisoire le 14 mai 2024, puis condamnation le 28 mai à des peines de prison dont une partie ferme assortie d’amendes. En septembre 2024, la cour d’appel confirme les condamnations.

Accusations de pressions et d’humiliations

Après leur libération, Benchattah et Zitouni affirment avoir subi des conditions d’audition humiliantes et des pressions psychologiques durant les interrogatoires. Ils soutiennent également que la présidente Hamlaoui aurait été présente à certaines étapes de la procédure, ce qui alimente les doutes quant à la neutralité du traitement judiciaire.

Une affaire à portée politique

La nouvelle audition de Benchattah intervient alors que Mme Hamlaoui est mise en retrait de ses fonctions à la tête du Croissant-Rouge et de l’Observatoire national de la société civile. Beaucoup s’interrogent désormais sur un déséquilibre apparent : malgré les accusations portant sur la gestion des fonds humanitaires et d’éventuels abus d’autorité, aucune procédure comparable ne semble avoir été engagée à son encontre.

Les interrogations se multiplient : sera-t-elle convoquée par la justice ? le sera-t-elle dans les mêmes conditions qu’un citoyen ordinaire ? les enquêteurs et le magistrat instructeur pourraient-ils être entendus afin d’éclaircir le déroulement des auditions précédentes ?

Un test pour la crédibilité des institutions

L’affaire dépasse aujourd’hui la confrontation personnelle entre protagonistes pour toucher à une question plus large : celle de l’indépendance de la justice face à des dossiers mêlant responsabilités institutionnelles et enjeux politiques.

L’opinion publique attend désormais des réponses claires. La manière dont ce dossier sera traité pourrait devenir un véritable indicateur de crédibilité pour les institutions judiciaires et du respect effectif du principe fondamental d’égalité devant la loi.