Enquête journalistique de Dr. Abdelilah Ankir

La formation du nouveau gouvernement marocain n’est désormais plus une simple opération arithmétique consistant à additionner les sièges. Elle s’est transformée en un véritable test politique pour la cheffe du gouvernement désignée, Fatima Zahra Mansouri, afin de mesurer sa capacité à construire une majorité parlementaire cohérente et suffisamment solide pour assurer le lancement politique et institutionnel de la prochaine étape.

Après l’arrivée en tête du Parti Authenticité et Modernité (PAM) aux élections législatives avec 97 sièges, suivi du Rassemblement National des Indépendants (RNI) avec 66 sièges et du Parti de la Justice et du Développement (PJD) avec 54 sièges, la nouvelle configuration du Parlement est devenue plus complexe, notamment avec le retour en force des partis d’opposition sur la scène politique.

Mais l’évolution la plus intéressante ne réside pas uniquement dans les chiffres. Elle concerne surtout la position du Rassemblement National des Indépendants quant à sa place dans la nouvelle configuration politique.

Le parti, qui dirigeait le précédent gouvernement sous la présidence d’Aziz Akhannouch, n’a pas officiellement annoncé, jusqu’à présent, son passage dans l’opposition. Son président, Mohamed Chouki, a au contraire affirmé que le parti abordera la prochaine étape dans un esprit de responsabilité et que servir la patrie n’est pas exclusivement lié à des sièges au gouvernement, laissant ainsi entendre que toutes les options politiques restent ouvertes.

Le chiffre qui s’impose : 128 sièges

Si l’on envisage le scénario d’un rapprochement du RNI avec le PJD et l’alliance de gauche, le calcul parlementaire devient particulièrement intéressant :

66 sièges pour le RNI + 54 pour le PJD + 8 pour l’alliance de gauche = 128 sièges.

Ce chiffre, même s’il ne constitue pas une majorité au sein de la Chambre des représentants, composée de 395 membres, représente un bloc politique et parlementaire suffisamment important pour influencer fortement les rapports de force au sein de l’institution législative.

Toutefois, une lecture d’enquête rigoureuse impose de faire la distinction entre une hypothèse arithmétique et une position politique officielle.

Le PJD a effectivement annoncé son choix de rejoindre l’opposition et dispose de 54 sièges.

En revanche, le RNI n’a pas officiellement tranché quant à son positionnement définitif dans l’opposition. Le parti a plutôt laissé la porte ouverte à une participation au gouvernement ou à l’exercice de responsabilités depuis une autre position.

C’est précisément ici que commence la véritable histoire.

Mansouri face à l’épreuve des chiffres et des alliances

Fatima Zahra Mansouri n’est pas seulement confrontée à la question : qui entrera au gouvernement ?

Elle doit répondre à une question bien plus complexe :

Comment construire une majorité confortable et stable dans un contexte marqué par la multiplicité des partis et la diversité de leurs positions ?

Le PAM dispose de 97 sièges, le RNI de 66, l’Istiqlal de 65, le PJD de 54, suivi du Mouvement Populaire avec 29 sièges, de l’Union Socialiste des Forces Populaires avec 26, du Parti du Progrès et du Socialisme avec 19, de l’Union Constitutionnelle avec 17, en plus des autres sièges.

La voie vers la formation d’une majorité reste donc ouverte à plusieurs scénarios.

Mais plus un grand parti sort du cercle de la majorité, plus l’opération consistant à atteindre le nombre de sièges nécessaire devient complexe, et plus les partis moyens et petits gagnent en importance dans la détermination de la forme du prochain gouvernement.

Assistons-nous à une nouvelle recomposition de la carte politique ?

Ce qui est particulièrement frappant dans la nouvelle configuration, c’est que le RNI se retrouve dans une position politique sans précédent pour lui.

Le parti est passé de la direction du précédent gouvernement à la deuxième place lors des élections, tandis que le PAM est devenu la première force électorale.

Dans le même temps, le PJD a fait un retour relativement puissant au Parlement en annonçant clairement son choix de l’opposition.

Cette situation ouvre la voie à l’émergence d’une nouvelle carte politique, qui ne ressemblerait pas nécessairement à celle de la précédente majorité.

Mais la question essentielle reste la suivante :

La convergence des positions peut-elle déboucher sur de véritables alliances parlementaires ?

Et le RNI pourrait-il se retrouver en dehors du gouvernement après avoir constitué l’une de ses principales forces lors de la précédente législature ?

À ce stade, aucune réponse officielle définitive n’a encore été apportée.

Le RNI, une carte décisive entre les mains de Mansouri

La réalité politique indique que la position du Rassemblement National des Indépendants pourrait être l’un des éléments les plus déterminants dans les consultations en cours.

Si le parti choisit de participer au gouvernement, les calculs prendront une certaine direction.

En revanche, s’il décide de rejoindre l’opposition, le paysage politique changera radicalement et Mansouri sera contrainte de reconstruire une équation majoritaire en s’appuyant sur d’autres alliances.

Les 66 sièges dont dispose le parti deviennent ainsi un chiffre politiquement décisif, et non plus seulement un résultat électoral.

Conclusion de l’enquête

Ce qui est certain à ce stade, ce n’est pas que « le RNI a rejoint l’opposition », mais plutôt que le parti est entré dans une phase décisive quant à la détermination de sa future position politique, tandis que d’autres formations ont annoncé leurs choix de manière plus claire.

Dès lors, parler d’une « opposition de 128 sièges » doit rester, à ce stade, un scénario politique potentiel et non une réalité institutionnelle définitivement établie.

Quant à Fatima Zahra Mansouri, elle est désormais entrée dans la phase la plus difficile de sa mission de formation du gouvernement :

celle des calculs précis, des négociations politiques et de l’épreuve de la capacité de chaque parti à passer du langage électoral à celui des alliances.

Et la question qui déterminera la prochaine étape n’est pas seulement :

Qui participera au gouvernement ?

Mais aussi :

Qui restera en dehors ? Et qui aura la capacité de construire une majorité stable au sein de la Chambre des représentants ?

Dans l’attente d’un dénouement, toutes les hypothèses restent ouvertes et la position du Rassemblement National des Indépendants demeure l’une des cartes les plus importantes susceptibles de déterminer la forme du nouveau gouvernement marocain.

Par : Dr. Abdelilah Ankir