Par Hichem ABOUD
Les 8 et 9 février derniers, des délégations du Maroc, de l’Algérie, de la Mauritanie et du Front Polisario se sont réunies à Madrid à l’invitation des États-Unis pour tenter de relancer un processus politique autour du Sahara occidental, un différend régional qui dure depuis près d’un demi-siècle. La rencontre, organisée à l’ambassade américaine, constitue le premier contact direct de ce niveau depuis 2019 et la première réunion publique entre responsables marocains et algériens depuis la rupture de leurs relations diplomatiques en 2021.
Les discussions étaient présidées par Massad Boulos, conseiller principal américain pour les affaires arabes et africaines, et par l’ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies Mike Waltz. L’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental, Staffan de Mistura, y participait également.
Un conflit ancien toujours sans solution
Le statut du Sahara occidental reste en suspens depuis 1975, lorsque l’Espagne s’est retirée du territoire, suivi par son annexion par le Maroc. Le Front Polisario, soutenu notamment par l’Algérie, a alors engagé une lutte armée au nom du droit à l’autodétermination de la population sahraouie.
Un cessez-le-feu négocié par l’ONU en 1991 prévoyait l’organisation d’un référendum d’autodétermination, mais celui-ci n’a jamais été tenu en raison de désaccords persistants sur le corps électoral et les modalités du vote. Depuis, les efforts diplomatiques se succèdent sans déboucher sur un compromis durable.
La reprise des tensions armées fin 2020, après la rupture du cessez-le-feu par le Polisario, a ravivé les inquiétudes internationales quant à une déstabilisation durable du Maghreb et du Sahel.
Un format inédit et un rôle renforcé de Washington
La réunion de Madrid marque plusieurs évolutions notables dans la gestion du dossier.
D’abord, les États-Unis ont joué un rôle central dans la médiation, l’ONU étant officiellement co-organisatrice mais apparaissant en retrait. Washington cherche ainsi à accélérer un processus politique resté bloqué depuis plusieurs années et à favoriser un climat de désescalade régionale.
Ensuite, les discussions ont adopté pour la première fois un format quadripartite incluant pleinement l’Algérie et la Mauritanie. Jusqu’ici, ces deux pays étaient considérés comme « États voisins observateurs ». Rabat les considère comme parties prenantes au conflit, tandis qu’Alger affirme soutenir uniquement un processus de décolonisation entre le Maroc et le Polisario.
Enfin, le Maroc a présenté une version détaillée de son plan d’autonomie pour le territoire, actualisant sa proposition initiale de 2007. Le document vise à préciser les compétences institutionnelles locales, la gestion des ressources et les garanties internationales proposées.
À l’issue de la rencontre, les différentes parties ont livré des lectures divergentes de l’avancée des discussions.
Les autorités marocaines estiment que le plan d’autonomie constitue désormais la base principale des négociations futures. Du côté du Polisario et de l’Algérie, on affirme que les discussions restent ouvertes et qu’aucune option n’a été écartée, y compris l’indépendance.
Certaines sources évoquent la possibilité de constituer un groupe d’experts chargé de préparer un accord-cadre en vue d’une nouvelle session prévue au printemps. D’autres interlocuteurs diplomatiques soulignent toutefois qu’aucune décision formelle n’a encore été adoptée.
Le nœud du référendum
Le principal point de blocage demeure la question du droit à l’autodétermination. Le Polisario et l’Algérie demandent qu’un référendum inclue explicitement l’option de l’indépendance. Le Maroc considère, pour sa part, que l’autonomie sous souveraineté marocaine constitue en elle-même une forme d’autodétermination compatible avec les résolutions internationales.
Cette divergence structurelle explique l’échec des tentatives précédentes, notamment le plan proposé par l’ONU en 2003 qui envisageait une période d’autonomie transitoire suivie d’un vote final.
Une dynamique diplomatique fragile Malgré l’absence d’accord concret, la réunion de Madrid est perçue par plusieurs observateurs comme un signal de reprise du dialogue direct, interrompu depuis plusieurs années. Le simple fait d’avoir réuni l’ensemble des acteurs autour de la même table constitue déjà un changement notable dans un contexte régional marqué par la fermeture des frontières entre le Maroc et l’Algérie et par une forte tension politique.
La réussite du nouveau cycle dépendra désormais de la capacité des médiateurs américains et onusiens à rapprocher les positions sur le référendum et sur les garanties politiques offertes à la population sahraouie.
Les prochaines discussions, attendues dans les prochains mois, devront déterminer si cette initiative ouvre réellement la voie à un compromis ou si elle s’ajoute à la longue série de tentatives diplomatiques restées sans conclusion depuis 1991.



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