Par le journaliste bâillonné

Dans un contexte de fortes restrictions sur l’importation de véhicules en Algérie, l’opération menée par la société TIRSAM attire aujourd’hui l’attention. Selon les informations disponibles, l’entreprise a obtenu l’autorisation d’importer 1000 bus depuis la Chine, une décision qui tranche avec la situation des autres opérateurs du secteur, toujours dans l’attente d’agréments.

Pour rappel, le président Abdelmadjid Tebboune avait déjà chargé le ministère de la Défense nationale (MDN) d’effectuer des importations exceptionnelles de bus, notamment pour répondre à des situations urgentes dans le transport public. Toutefois, ces opérations relevaient d’un cadre strictement étatique. Le cas de TIRSAM marque ainsi une ouverture singulière au profit d’un acteur privé.

Selon les données corrigées, TIRSAM ne s’est pas contentée d’obtenir une autorisation : l’entreprise a effectivement importé les 1000 bus. Une partie de cette flotte a déjà été écoulée, avec plus de 100 bus vendus à l’Entreprise de transport urbain et suburbain d’Alger, ETUSA. Contrairement à certaines perceptions, ETUSA n’a pas procédé directement à l’importation, mais a acquis ces bus auprès de TIRSAM.

Cette opération confirme que TIRSAM s’impose désormais comme un acteur central dans le segment du transport collectif, dans un marché pourtant verrouillé pour la majorité des opérateurs privés.

Par ailleurs, la structure de l’entreprise continue de susciter des interrogations. Présentée comme une société familiale, TIRSAM compterait parmi ses associés l’influenceur Fouad Maalla, connu pour ses actions de reboisement. Sa proximité supposée avec certains cercles décisionnels, notamment avec Yacine El Mahdi Oualid, alimente les spéculations sur les conditions ayant permis la concrétisation de cette opération.

Dans ce contexte, plusieurs questions restent posées. Pourquoi une seule entreprise privée a-t-elle pu importer un volume aussi important de bus, alors que les concessionnaires attendent depuis des années des autorisations similaires ? Quels mécanismes de sélection ont été appliqués ? Et pourquoi cette opération n’a-t-elle pas été accompagnée d’une communication officielle transparente ?

Au-delà du cas TIRSAM, cette affaire met en lumière une problématique récurrente : celle de la transparence et de l’équité dans l’accès aux opportunités économiques en Algérie. Un enjeu central, au moment où les autorités affichent leur volonté de moraliser la vie publique et de garantir un traitement équitable entre les acteurs économiques.