Le régime algérien n’a pas besoin de rapports d’ONG internationales ni de communiqués diplomatiques pour se dévoiler. Parfois, le récit de simples touristes suffit à mettre à nu la réalité. C’est exactement ce qu’ont vécu un couple de Français, propriétaires d’une chaîne YouTube spécialisée dans les voyages et la découverte des sociétés locales, après un séjour en Algérie qui s’est soldé par une expérience traumatisante proche d’une détention arbitraire. Le nom du couple est Len et Jerry.
Le couple avait décidé de visiter l’Algérie et de documenter son périple dès leur arrivée à l’aéroport. Ils ont parcouru le Sud, visité Djanet, Alger, puis la région de Kabylie. En apparence, tout se déroulait normalement. En réalité, ils étaient suivis et surveillés par les services de renseignement algériens dès le premier jour, sans en être informés et sans aucun fondement légal.
Le tournant dramatique s’est produit dans un village de Kabylie. Alors qu’ils sortaient au moment du coucher du soleil, ils ont été encerclés par une quinzaine d’hommes en civil. Aucun d’eux ne s’est présenté, aucun document n’a été montré, aucune explication donnée. Seulement des ordres secs: vous venez avec nous, ne posez pas de questions. C’est ainsi qu’en Algérie, un individu peut être emmené, qu’il soit citoyen ou étranger.
Le couple a été transporté pendant des heures, sous de fausses promesses du type « encore quinze minutes », avant d’arriver dans une installation sécuritaire militaire entourée de clôtures. Là ont commencé de longs interrogatoires, portant sur tous les aspects de leur vie: religion, famille, relations personnelles, activités professionnelles, contenu des vidéos. Le matériel de tournage a été confisqué, les bagages fouillés, sans qu’aucune accusation ne leur soit notifiée.
L’épisode le plus grave reste l’atteinte subie par la touriste française. Son mari a été expulsé de la salle d’interrogatoire, puis une policière algérienne est entrée et l’a contrainte à se déshabiller pour une fouille corporelle intégrale, dans une pièce équipée de caméras et en présence d’agents des services. Une humiliation injustifiée, sans mandat, sans motif, alors que son mari n’a subi aucune fouille équivalente. Il s’agit d’une violation flagrante de l’intégrité physique et de la dignité humaine.
Après ces interrogatoires, le couple a été transféré dans ce que les autorités ont appelé un « hôtel », qui n’était en réalité qu’un lieu de détention isolé appartenant aux services de sécurité. Pas de téléphones, aucun contact avec l’ambassade, aucune information sur leur sort. Ils y ont passé deux nuits dans un état de panique et d’effondrement psychologique, pendant que les services fouillaient leurs réseaux sociaux et tentaient de leur fabriquer une accusation, comme ils le font avec des journalistes et des militants algériens.
Faute de trouver la moindre infraction, les autorités ont fini par avancer un prétexte absurde: l’utilisation de matériel de tournage « trop professionnel » pour un visa touristique. Le couple a été contraint de signer des procès-verbaux rédigés en arabe, sans traduction et sans copie, avant d’être informé de leur expulsion immédiate vers la France.
Même lors de cette expulsion, la logique sécuritaire absurde a continué. Ils ont été soumis à un examen médical forcé, non pas pour leur bien-être, mais afin de protéger les services contre toute accusation de violences physiques. Ce n’est qu’ensuite qu’ils ont été conduits à l’aéroport sous escorte, avec une demande aussi choquante qu’indécente: parler positivement de l’Algérie et affirmer qu’ils y avaient vécu les plus beaux moments de leur vie.
Ironie cruelle, le couple a affirmé, une fois arrivé en France, que l’Algérie en tant que pays et société avait été une expérience exceptionnelle. La beauté des paysages, le désert, la Kabylie, l’hospitalité et la générosité des habitants les ont profondément marqués. Tout aurait pu être positif, sans l’intervention brutale et paranoïaque du régime et de ses appareils sécuritaires, qui ont transformé un pays aux immenses potentialités touristiques en un espace de peur, de suspicion et de répression.
Cet incident ne porte pas seulement atteinte à l’image de l’Algérie à l’étranger. Il révèle aussi ce que vivent quotidiennement les Algériens eux-mêmes, loin des caméras et sans la protection d’un passeport étranger. C’est un système qui redoute l’image, la parole et le regard libre. Pour cette raison précise, l’Algérie n’est ni une destination sûre pour le tourisme, ni un pays accueillant pour vivre, ni même un espace protecteur pour ses propres citoyens.
Une vidéo sur YouTube dans laquelle ils parlent de leur expérience en Algérie :
La rédaction / LEMED24



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