Par Hichem ABOUD
le 24 février 2025
Le troisième cycle de pourparlers consacrés au Sahara occidental s’est ouvert le 23 février à Washington sous la conduite de hauts responsables américains. Comme lors de la rencontre précédente organisée à Madrid, les discussions se déroulent à huis clos. Selon plusieurs sources diplomatiques, les échanges sont soutenus, signe d’une implication directe de l’administration américaine dans un dossier qui dure depuis près d’un demi-siècle.
Cette séquence intervient à un rythme inhabituellement rapproché. « C’est la troisième réunion en l’espace d’un mois, ce qui montre que les Américains mettent les bouchées doubles pour parvenir à un résultat, probablement d’ici la fin du printemps », analyse le journaliste espagnol Ignacio Cembrero, à l’origine des révélations sur ces rencontres, interrogé par la rédaction Afrique de RFI.
Washington en première ligne
L’implication américaine répond à plusieurs objectifs. Sur le plan diplomatique, la Maison-Blanche cherche à engranger un succès international en obtenant un compromis entre le Maroc et le Front Polisario. Sur le plan stratégique, Washington entend également consolider ses partenariats régionaux dans un contexte de recomposition géopolitique au Maghreb et au Sahel. Tout comme est affirmée la volonté américaine d’appuyer le Maroc, son allié stratégique « qui vient d’intégrer le Conseil de la paix et qui va être même l’un des piliers de cette force de stabilisation que les Américains mettent sur pied à Gaza ». Washington cherche donc une « solution favorable » à son partenaire marocain.
Cela lui est possible avec la nouvelle configuration des pourparlers : le Maroc participe aux discussions en défendant son plan d’autonomie pour le territoire, tandis que le Front Polisario révise sa revendication d’autodétermination. L’Algérie, présente aux réunions, adopte officiellement une posture d’observateur, à l’instar de la Mauritanie. Evidemment, on ne doit pas perdre de vue les frictions de base qui ont été considérées à Madrid comme des points de blocage.
Le plan d’autonomie au cœur du débat
Premier point de friction : la base même du règlement. Les États-Unis souhaitent que le plan d’autonomie présenté par Rabat serve de cadre de négociation, dans la continuité de la dernière résolution du Conseil de sécurité adoptée fin octobre 2025. Cette orientation demeure contestée par le Front Polisario, qui insiste sur un mécanisme incluant explicitement le principe d’autodétermination. Une position qui vire vers plus de souplesse avec la décision d’Alger d’opter pour un statut d’observateur.
C’est ce qui amène plusieurs diplomates à estimer que l’attitude d’Alger a évolué. L’Algérie affirme désormais laisser au Polisario la responsabilité de ses choix lors des discussions. Ce repositionnement intervient après la résolution du Conseil de sécurité ayant accordé un soutien explicite à la proposition marocaine, ce qui a modifié l’équilibre diplomatique autour du dossier.
Le verrou algérien a sauté
La marge de manœuvre d’Alger apparaît limitée par un environnement international et local peu favorable à une confrontation ouverte avec Washington. Les responsables algériens privilégient désormais une présence sans intervention directe dans les débats, afin de préserver leurs relations extérieures sachant qu’un bras de fer avec Washington leur serait inéluctablement fatal.
Pour plusieurs observateurs, cette évolution pourrait faciliter les négociations en réduisant les blocages structurels qui entravaient jusqu’ici les discussions. Les divergences de fond demeurent importantes, mais la multiplication des rencontres et l’implication américaine renforcée nourrissent l’idée d’une phase décisive.
Après des décennies d’impasse, certains diplomates évoquent désormais un calendrier plus court qu’auparavant pour parvenir à un accord de principe. La prudence reste toutefois de mise même si Alger s’engage à ne plus influencer le Polisario et qu’il lui permet d’accéder à l’autodétermination en se libérant du fardeau algérien.
Néanmoins, la dynamique actuelle – rythme soutenu des réunions, médiation américaine active et réduction du nombre des protagonistes à deux (le Maroc et le Polisario) – laisse entrevoir la possibilité d’une avancée significative dans les mois à venir.



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