Par Hichem ABOUD
Selon des sources concordantes proches des milieux sécuritaires algériens, le ministère algérien des Affaires étrangères a transmis aux autorités américaines une note diplomatique indiquant que l’Algérie ne s’impliquerait plus directement dans le dossier du Sahara occidental et laisserait désormais le Front Polisario décider seul de sa position lors des prochains cycles de pourparlers organisés sous médiation américaine.
Ce document aurait été communiqué deux à trois jours après la réunion de Madrid, qui a réuni des représentants du Maroc, du Polisario, de l’Algérie et de la Mauritanie. Lors de cette rencontre, la délégation algérienne a constaté que la plupart de ses remarques et objections n’avaient pas été retenues. Lorsqu’elle a évoqué la question des investissements étrangers au Sahara, soumis à l’autorisation de Rabat, ses interventions ont été perçues par les autres participants comme une tentative d’influer sur la politique économique d’un territoire administré par le Maroc. Ses propositions, notamment la relance de l’option d’un référendum d’autodétermination, n’ont pas été reprises dans les discussions. À plusieurs reprises, le chef de la diplomatie algérienne a été invité à se conformer au cadre de travail centré sur le plan d’autonomie marocain.
Dans ce contexte, Alger aurait confirmé son intention d’adopter à l’avenir une position comparable à celle de la Mauritanie, présente en qualité d’observateur.
Une position alignée sur la doctrine officielle
Les autorités algériennes soutiennent depuis longtemps ne pas être partie prenante au conflit, considérant qu’il oppose directement le Maroc au Front Polisario autour de la question de l’autodétermination. Cette position avait notamment servi d’argument pour refuser de participer comme acteur direct aux tables rondes organisées auparavant à Genève sous l’égide des Nations unies.
La note transmise à Washington formaliserait ainsi une orientation déjà exprimée : présence aux réunions mais abstention de toute participation active aux négociations.
Ce repositionnement intervient dans un contexte international marqué par une relance des initiatives américaines visant à rapprocher les positions des protagonistes et à sortir un conflit vieux de près d’un demi-siècle de l’impasse diplomatique.
Plusieurs facteurs expliqueraient cette évolution. Sur le plan international, Alger fait face à un environnement diplomatique moins favorable à la tenue d’un référendum d’autodétermination tel que défendu historiquement par sa diplomatie. Dans ce contexte, la participation en retrait permettrait d’éviter d’apparaître comme acteur direct tout en demeurant présent dans le processus.
Le conflit saharien constitue en outre l’un des principaux contentieux structurant les relations algéro-marocaines depuis 1975 et alimente périodiquement des tensions régionales. Il a également pesé indirectement sur d’autres dossiers diplomatiques impliquant l’Algérie ces dernières années.
Pressions internationales et initiatives américaines
La relance du processus diplomatique intervient dans un cadre plus large d’initiatives américaines visant à réduire plusieurs foyers de tensions internationaux. Washington cherche à obtenir des avancées tangibles sur différents dossiers, dont celui du Sahara occidental, considéré comme l’un des conflits prolongés de la région nord-africaine.
Dans ce contexte, la nouvelle posture algérienne apparaît comme une adaptation au format de négociation privilégié par les médiateurs : un dialogue direct entre les parties considérées comme protagonistes principaux, avec la présence d’États voisins en qualité d’accompagnateurs ou d’observateurs.
La décision d’Alger peut être interprétée comme une volonté de dissocier formellement sa responsabilité du résultat final des négociations tout en restant impliquée dans le cadre diplomatique général. Elle revient de facto à laisser au Front Polisario l’entière latitude de défendre sa position et d’arrêter ses choix stratégiques lors des prochaines rencontres.
Les prochains cycles de discussions permettront d’évaluer si ce changement de posture modifie l’équilibre des échanges et favorise une évolution concrète du dossier, resté sans solution définitive depuis plusieurs décennies.



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