Par: Rachid El Yaakouti
Dans cet espace, les rôles se confondent. Le ministre apparaît à la fois comme arbitre, stratège et décideur du tempo. La presse, elle, reste sur le banc, observatrice, attendant une autorisation d’entrer en jeu qui se fait rare. Dès le coup d’envoi, l’équilibre des forces semble rompu.
Depuis l’annonce du projet de réorganisation du Conseil national de la presse, les professionnels suivent le débat avec inquiétude. Certes, le secteur souffre de dysfonctionnements profonds, de la confusion dans l’accès à la profession à la fragilité du modèle économique, en passant par l’érosion de la confiance du public. Mais le problème n’est plus seulement technique ou juridique. Il touche à la culture même de la gouvernance et à une approche marquée par le contrôle.
Si l’État invoque des raisons légitimes pour organiser le secteur, la crainte vient du fait que le diagnostic aboutisse à une accumulation d’outils de régulation plutôt qu’à une réforme participative. Les textes et discours officiels donnent l’impression que la liberté est perçue comme une charge à contenir, et non comme une valeur centrale à protéger.
Cela se manifeste dans la redéfinition du rôle du Conseil national de la presse, désormais doté de larges pouvoirs décisionnels et disciplinaires. De cadre d’autorégulation, il tend à devenir un instrument de contrôle. La défense du système de désignation au détriment de l’élection renforce cette impression, en valorisant l’expertise économique au détriment de la maturité professionnelle des journalistes.
La représentativité, conçue par le haut, perd alors sa substance. Et la gestion de la phase transitoire, marquée par la suspension des élections et le recours à des commissions provisoires, consacre une culture de l’exception. Au final, cette trajectoire risque d’encourager l’autocensure et de vider la responsabilité de son sens.
Réformer la presse ne peut réussir sans reconnaissance de sa spécificité et sans un véritable partenariat avec les professionnels. La liberté est le socle du secteur. Toute réforme qui la fragilise, même sous couvert de modernisation, est vouée à l’échec.



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