Le débat sur l’interdiction du burqa et du niqab est revenu au centre de la scène politique en Espagne après l’inscription d’une proposition de loi présentée par le groupe parlementaire de Vox à l’ordre du jour du Congrès. Cette initiative a ravivé l’un des dossiers les plus sensibles de la société espagnole et provoqué une confrontation directe entre les principales forces politiques, tout en mettant en lumière des convergences inédites entre le Parti populaire et la formation d’extrême droite Vox.

La proposition visait à modifier plusieurs lois en vigueur, notamment le code pénal, afin d’interdire la dissimulation intégrale du visage dans les espaces publics. Le texte prévoyait des amendes pouvant atteindre trente mille euros en cas de récidive, ainsi que des peines de prison allant jusqu’à trois ans pour toute personne imposant le port de ces vêtements sous la contrainte. Il proposait également une modification de la loi sur les droits des étrangers afin d’accélérer les procédures d’expulsion dans les cas considérés comme infractions graves.

Malgré le soutien du Parti populaire, le Congrès des députés a rejeté la proposition par 177 voix contre 170, avec une abstention. Ce résultat a mis en évidence la fragilité des équilibres parlementaires et la profondeur des divisions politiques autour des questions identitaires et des libertés religieuses. Parallèlement, le parti Junts a présenté une initiative alternative visant à interdire le burqa et toute forme de dissimulation du visage dans les espaces publics, en soulignant son attachement au cadre juridique européen.

Les partis de gauche, dont le Parti socialiste ouvrier espagnol, Sumar, Podemos, la Gauche républicaine de Catalogne et le Parti nationaliste basque, ont fermement rejeté la proposition de Vox, estimant qu’elle risquait d’aggraver les divisions sociales et d’alimenter les discours de haine. Le Parti nationaliste basque a appelé à la création d’une sous commission d’étude afin d’examiner la question de manière sereine, en s’appuyant sur l’expertise et la jurisprudence européenne pour garantir un équilibre entre libertés religieuses, droits des femmes et exigences de coexistence.

Au niveau régional, le Parlement des îles Baléares avait déjà adopté une motion non contraignante appelant à interdire le burqa dans les espaces publics, avec le soutien du Parti populaire et de Vox, tandis que la gauche s’y était opposée. En Catalogne, le Parti populaire a annoncé son intention de présenter une initiative similaire au Parlement régional.

Ce débat reflète l’élargissement du fossé entre les forces politiques espagnoles sur la manière d’aborder la question de la dissimulation du visage. Entre ceux qui considèrent l’interdiction comme un moyen de défendre l’égalité et les droits des femmes, et ceux qui insistent sur le respect des libertés individuelles et religieuses dans le cadre des garanties constitutionnelles et européennes, le dossier reste au cœur des tensions politiques actuelles.