Par: Hichem ABOUD
À l’issue de la rencontre ayant opposé à Rabat, au Maroc, la sélection algérienne de football à son homologue du Burkina Faso, pour le compte du premier tour de la Coupe d’Afrique des nations, de nombreux supporters algériens se sont rassemblés dans le quartier de la Guillotière, à Lyon, pour célébrer le succès de leur sélection. Parmi eux figurait une quinquagénaire connue des réseaux sociaux, déjà condamnée en avril dernier à neuf mois de prison avec sursis par le tribunal de Lyon pour des menaces de mort proférées à l’encontre d’opposants au régime algérien. Lors de ce rassemblement, des slogans hostiles ont été scandés, comme en témoignent plusieurs vidéos diffusées en ligne. Estimant que les propos tenus pouvaient relever d’une infraction pénale, la préfète du Rhône, Fabienne Buccio, a indiqué avoir saisi le procureur de la République sur le fondement de l’article 40 du Code de procédure pénale.
Ce n’est pas la première fois que cette femme de nationalité française, précisons-le, se retrouve au cœur d’une polémique. Au printemps dernier, alors qu’elle était suivie par près de 350 000 abonnés sur TikTok et Facebook, elle avait tenu des propos injurieux et des menaces explicites, qui lui avaient valu une condamnation judiciaire. Ancienne joueuse de football, elle s’était déjà fait remarquer en 2001 en pénétrant sur la pelouse du Stade de France, drapeau algérien à la main, lors d’un match amical France-Algérie, entraînant une peine de prison avec sursis et une interdiction de stade.
Dimanche soir, les célébrations ont rassemblé environ 150 personnes dans le secteur de la Guillotière. La circulation a été fortement perturbée et des incidents ont éclaté, avec des tirs de mortiers d’artifice et des jets de projectiles en direction des forces de l’ordre. Face à la situation, les policiers ont eu recours à des gaz lacrymogènes afin de disperser le rassemblement.
Au-delà de ces faits, ces événements relancent un débat plus large sur le rapport à la France d’une partie de la diaspora algérienne. Alors que de nombreux ressortissants algériens aspirent à obtenir un visa, un titre de séjour ou la nationalité française, certains comportements et discours sont perçus comme une marque de rejet du pays d’accueil. Cette contradiction est d’autant plus frappante que beaucoup ont risqué leur vie pour rejoindre l’Europe et bénéficier de la protection, des droits sociaux et des opportunités offerts par la France.
Pour certains observateurs, ces attitudes traduisent un malaise identitaire profond, nourri par des tensions politiques, mémorielles et sociales. Elles seraient aussi le résultat de dynamiques historiques et institutionnelles complexes, dans lesquelles la responsabilité incombe autant aux autorités du pays d’origine qu’aux ambiguïtés de la relation franco-algérienne. Tandis que ces scènes se déroulaient à Lyon, le Parlement algérien adoptait de son côté une loi criminalisant le colonialisme, ravivant un débat mémoriel toujours sensible. Un débat qui, selon ses détracteurs, occulte parfois les violences et les dérives commises par les dirigeants algériens eux-mêmes à l’encontre de leur propre population, un sujet qui mérite, lui aussi, un examen approfondi.



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