Au milieu de l’escalade médiatique et politique qui marque les relations entre l’Algérie et le Maroc, des scènes inquiétantes ont émergé ces derniers jours le long de la frontière séparant les deux pays. Des images et des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des individus hissant le drapeau israélien du côté marocain, tandis que le drapeau palestinien est brandi du côté algérien, dans une mise en scène choquante qui cherche à présenter le différend comme une opposition entre un prétendu axe d’Israël et un axe de la Palestine. Cette image artificielle ne reflète ni la réalité du peuple marocain ni l’essence de sa position historique en faveur de la cause palestinienne. Elle sert plutôt les agendas de la discorde et de la provocation recherchés par ceux qui veulent semer l’instabilité dans la région.

Ce qui interpelle dans ces événements n’est pas seulement la présence du drapeau d’un État controversé sur un sol marocain, mais surtout la manière théâtrale et provocatrice dont cela a été fait, comme s’il s’agissait d’un numéro destiné à irriter l’autre camp et à attiser la colère. Un tel comportement ne peut émaner d’un citoyen marocain attaché à la souveraineté et aux symboles de son pays. Les Marocains, quelles que soient leurs opinions, placent leur drapeau national au dessus de toute considération et refusent que leurs frontières deviennent un terrain de règlements de comptes idéologiques ou politiques liés à des conflits extérieurs.

Le poète et intellectuel marocain Rachid El Yacouti a exprimé clairement ce rejet en considérant que le fait de hisser le drapeau israélien à la frontière constitue une atteinte grave à la souveraineté nationale et à la sécurité symbolique de l’État. Le drapeau israélien n’est pas un simple morceau de tissu, mais le symbole d’un État condamné par les Nations unies, la Cour internationale de justice, la Cour pénale internationale et de nombreuses organisations de défense des droits humains pour ses politiques dans les territoires palestiniens, notamment à Gaza où les civils subissent des bombardements, des tueries et un siège étouffant. L’exhiber dans un contexte de provocation sur un sol marocain est donc en contradiction avec les constantes de la nation marocaine, historiquement engagée en faveur des droits du peuple palestinien.

Il convient ici de distinguer entre les choix diplomatiques de l’État marocain et les convictions profondes de son peuple. Le Maroc, depuis la reprise de ses relations avec Israël dans le cadre d’un accord tripartite avec les États Unis, n’a pas procédé à une normalisation complète au sens classique du terme. Aucun ambassadeur marocain n’a été nommé à Tel Aviv et aucun ambassadeur israélien à Rabat. Cette démarche était avant tout un calcul politique visant à obtenir une reconnaissance américaine claire de la marocanité du Sahara, un dossier existentiel pour le Royaume. Cela n’a jamais signifié un abandon de la cause palestinienne, comme en témoigne la liberté du peuple marocain de manifester contre l’agression à Gaza, avec des mobilisations massives à Rabat, Casablanca et dans d’autres villes.

A l’inverse, la question de la normalisation est exploitée dans le discours officiel algérien comme un prétexte pour justifier une politique hostile envers le Maroc et pour alimenter l’idée que Rabat se serait rangé du côté d’Israël contre la Palestine et contre l’Algérie. Cette narration ignore les faits et passe sous silence que de nombreux pays arabes, de l’Égypte aux Émirats arabes unis, entretiennent depuis des années des relations officielles complètes avec Israël sans que leurs frontières ne deviennent des scènes de démonstrations de drapeaux ou de provocations.

Le plus dangereux dans ce qui s’est produit à la frontière est la tentative de certaines voix marginales, des deux côtés, de transformer la cause palestinienne, qui est une cause humaine et morale universelle, en un instrument de division maghrébine. Les Palestiniens n’ont nul besoin de ceux qui brandissent le drapeau israélien face aux Algériens, ni de ceux qui transforment leur solidarité en matière de querelles stériles. Les Marocains et les Algériens, dans leur essence, sont les victimes de politiques de régimes corrompus et de conflits artificiels, et lorsqu’ils se rencontrent, ils parlent la même langue et partagent les mêmes préoccupations et les mêmes espoirs.

Le peuple marocain, comme l’ont montré les faits, a été à l’avant garde de la solidarité avec Gaza et du rejet de l’agression, et son pays a fourni des aides humanitaires significatives aux Palestiniens, bien supérieures à celles de certains régimes prompts à la surenchère rhétorique. Les actes provocateurs isolés qui portent atteinte aux symboles du Maroc et à la conscience de la nation ne représentent ni ce peuple ni ses valeurs.

Il est aujourd’hui impératif que les autorités compétentes mettent un terme à de tels précédents dangereux, afin de protéger la souveraineté nationale et de préserver la cohésion de la société. Dans le même temps, les citoyens, au Maroc comme en Algérie, doivent comprendre que brandir des drapeaux étrangers à la frontière ne servira ni la Palestine ni l’avenir du Maghreb. Cela ne fait qu’alimenter la machine de la discorde qui prospère sur les blessures de la région. L’avenir ne se construira pas avec des morceaux de tissu, mais avec la raison, la fraternité et la défense sincère des causes justes, loin de toute instrumentalisation politique.

La rédaction / LEMED24

Regardez la vidéo :
l’intervention du journaliste Hichem ABOUD sur ce sujet.