Par Boutaïna HASSANI*

À l’approche des échéances électorales, le discours politique connaît inévitablement une intensification. Les partis et les candidats cherchent à convaincre les citoyens de leur capacité à répondre aux attentes de la société et à porter des projets de développement crédibles. Cette dynamique est normale dans toute compétition démocratique.

Toutefois, certaines pratiques observées dans le débat public interrogent profondément la sincérité de la communication politique. Parmi ces pratiques figure l’appropriation, parfois implicite mais souvent assumée, de projets structurants initiés dans le cadre des orientations stratégiques de l’État et impulsés par Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Ces projets s’inscrivent dans une vision nationale de long terme visant à renforcer le développement économique, social et territorial du pays. Ils relèvent d’une dynamique institutionnelle globale qui dépasse largement les logiques partisanes et les cycles électoraux.

Or, dans le contexte de la compétition politique, certains acteurs n’hésitent pas à entretenir une confusion dans leurs discours. Des réalisations nationales, portées par une stratégie d’État, sont parfois présentées comme les résultats directs de l’action d’un parti, d’un élu ou d’une formation politique. Cette rhétorique, habilement construite, vise à capter symboliquement le prestige et la visibilité de ces projets afin de les transformer en arguments électoraux.

Cette démarche pose un problème fondamental : elle introduit une confusion dans l’espace public en brouillant la compréhension du rôle réel des institutions. Les citoyens peuvent ainsi être amenés à attribuer à des acteurs politiques des réalisations qui relèvent, en réalité, d’une politique nationale plus large. Ce déplacement symbolique du mérite n’est pas anodin : il transforme des projets d’intérêt national en instruments de communication électorale.

Une démocratie saine suppose pourtant une confrontation honnête des programmes, des idées et des visions pour l’avenir. La légitimité politique devrait se construire à partir de propositions concrètes et de la capacité des responsables à répondre aux défis du pays, et non à partir de l’appropriation opportuniste de réalisations qui ne relèvent pas directement de leur action.

Il est donc essentiel de préserver une distinction claire entre les initiatives stratégiques impulsées au niveau de l’État et les programmes proposés par les partis politiques. Le respect de cette distinction constitue une condition importante pour garantir la transparence du débat public et renforcer la confiance des citoyens dans la vie politique.

En définitive, la compétition électorale ne devrait pas être un terrain où l’on cherche à s’approprier symboliquement les réalisations nationales. Elle devrait être l’espace où s’expriment des visions, des projets et des engagements clairs pour l’avenir. C’est à cette condition que le débat démocratique peut conserver sa crédibilité et que les citoyens peuvent exercer leur choix en toute connaissance de cause.

*Professeure de l’Enseignement Supérieur Université Mohammed Premier, Oujda