Dans une démarche politique et sécuritaire lourde de sens, l’administration du président américain Donald Trump a mis en œuvre l’une de ses promesses les plus controversées en classant trois branches régionales des Frères musulmans en Égypte, en Jordanie et au Liban comme organisations terroristes, assorties de sanctions directes contre ces entités et leurs membres. L’annonce, faite conjointement par les départements d’État et du Trésor à Washington, marque un tournant majeur dans l’approche des États-Unis vis-à-vis du mouvement, après des années d’hésitations et de calculs politiques complexes.
Selon le communiqué officiel, ces trois branches constituent une menace directe pour la sécurité nationale américaine et pour les intérêts des États-Unis au Moyen-Orient. La branche libanaise a été désignée comme organisation terroriste étrangère, la qualification juridique la plus sévère du dispositif américain, rendant toute forme de soutien financier, logistique ou politique passible de poursuites pénales fédérales. Les branches égyptienne et jordanienne, quant à elles, ont été inscrites sur la liste des terroristes mondiaux spécialement désignés, en raison de leurs liens avec le soutien au Hamas et au financement de ses activités.
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a estimé que cette décision ne constituait qu’une première étape d’un processus plus large visant à mettre fin aux violences et aux violations commises par les branches des Frères musulmans dans la région. Il a souligné que Washington utiliserait tous les outils disponibles pour empêcher ces organisations d’accéder aux ressources leur permettant de mener ou de soutenir des activités terroristes, signalant ainsi un durcissement marqué de l’étau financier et politique autour des réseaux du mouvement, au Moyen-Orient comme ailleurs.
Cette mesure s’appuie sur un décret exécutif signé par Donald Trump en novembre 2025, chargeant les secrétaires d’État et du Trésor d’identifier les groupes impliqués dans des actes de violence et des campagnes de déstabilisation transfrontalières. Le texte mentionne notamment l’implication d’une branche de l’organisation au Liban dans des tirs de roquettes contre Israël à la suite de l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, ainsi que le soutien apporté par des dirigeants du mouvement en Jordanie au Hamas.
Cette désignation remet en lumière l’histoire des Frères musulmans, fondés en Égypte en 1928, avant d’être officiellement interdits en 2013 à la suite de la destitution du président Mohamed Morsi et de l’arrivée au pouvoir d’Abdel Fattah al-Sissi. En Jordanie, les autorités avaient déjà annoncé en avril 2025 l’interdiction de toutes les activités du mouvement, la fermeture de ses locaux et la confiscation de ses biens, une décision ayant précédé l’initiative américaine et laissant entrevoir une coordination implicite avec certains alliés régionaux de Washington.
Des experts des affaires américaines estiment que cette décision aura des répercussions bien au-delà du Moyen-Orient, notamment à l’intérieur même des États-Unis. L’universitaire Nathan Brown, de l’université George Washington, a expliqué que cette classification offre aux autorités de l’immigration une base juridique plus solide pour durcir leur position à l’égard des membres du mouvement, que ce soit en matière de séjour ou de demandes d’asile politique, et rend les tribunaux moins enclins à contester les mesures officielles prises à leur encontre.
Ce développement s’inscrit dans un contexte international plus large, marqué par l’interdiction des Frères musulmans dans plusieurs pays arabes, dont l’Arabie saoudite, tandis que des États européens cherchent également à contenir l’influence de ce que l’on qualifie d’islam politique. En France, le président Emmanuel Macron a ainsi demandé à son gouvernement de formuler des propositions pour faire face à l’influence des Frères musulmans, après des rapports officiels mettant en garde contre les risques qu’ils feraient peser sur la cohésion nationale.
Pour Washington, cette décision ne relève pas du symbole. Elle s’inscrit dans une stratégie visant à démanteler les réseaux du mouvement, à assécher ses sources de financement et à neutraliser toute menace potentielle pour les intérêts des États-Unis et de leurs alliés. Une orientation qui traduit un changement clair dans l’attitude internationale envers une organisation longtemps au cœur de vives controverses, et qui semble annoncer une phase de confrontation plus ferme et plus assumée.
La rédaction / LEMED24



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