Pedro Canales, pour LeMed24
Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a effectué une visite officielle de deux jours en Algérie les 26 et 27 mars, au cours de laquelle il a été reçu par le président Abdelmadjid Tebboune et s’est entretenu avec le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf ainsi qu’avec le ministre de l’Énergie Mohamed Arkab.
À l’issue de cette visite, le ministre espagnol, l’agence officielle EFE et le portail d’information du ministère des Affaires étrangères à Madrid ont multiplié les déclarations. Cependant, ni le gouvernement algérien, ni la présidence de la République, ni aucune source officielle algérienne n’ont publié de communiqué à ce sujet. L’agence officielle APS s’est limitée à retranscrire une partie des propos du ministre Albares.
L’ambiguïté entourant le contenu de la visite provient donc des déclarations espagnoles. Selon le chef de la diplomatie espagnole, « le Traité d’amitié et de coopération (signé en 2002 par Abdelaziz Bouteflika et José María Aznar) est de nouveau en vigueur », « l’Espagne augmentera ses importations de gaz algérien » et « une prochaine réunion bilatérale est en préparation et se tiendra en Espagne ».
Aucune de ces affirmations n’a été confirmée par Alger. Le ministre Albares a d’ailleurs précisé que « le président Tebboune m’a fait part de son intention et de sa décision de réactiver le Traité d’amitié ». Autrement dit, il s’agit d’une intention, et non d’un retour effectif à la normale à la suite de cette visite.
Selon le droit international, un traité bilatéral suspendu ne peut être réactivé par de simples déclarations verbales. Il nécessite un accord écrit entre les parties et une nouvelle ratification afin d’être enregistré à nouveau auprès des Nations unies. Or, Albares n’a rien indiqué à ce sujet, tandis qu’Alger reste silencieuse.
Les « annonces spectaculaires » de José Manuel Albares semblent destinées à un usage interne espagnol, dans un contexte d’élections régionales où le parti socialiste au pouvoir à Madrid est en difficulté. L’Algérie, qui avait suspendu le traité de manière unilatérale, n’a émis aucune position officielle.
Le deuxième point controversé concerne les livraisons de gaz naturel algérien à l’Espagne. Des agences internationales spécialisées estiment que l’augmentation pourrait atteindre environ 10 % du flux actuel, mais elle ne peut pas être réalisée via le GNL, car l’Algérie a atteint ses capacités maximales de liquéfaction dans les installations de Skikda et Arzew. La seule alternative serait d’augmenter la capacité du gazoduc MEDGAZ, ce qui n’est pas possible à court terme. Selon des données officielles des deux pays, le MEDGAZ a atteint début 2026 sa capacité maximale de 32 millions de mètres cubes par jour. Sans modernisation ni nouvelles technologies, une augmentation reste impossible.
La seule option pour tenir la promesse d’augmentation des livraisons de gaz, afin de compenser la baisse du gaz russe et du gaz en provenance du Golfe, serait de rouvrir le gazoduc Maghreb-Europe, fermé par l’Algérie pour des raisons politiques à l’expiration de son contrat en novembre 2011. Ce gazoduc traverse le Maroc, dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes entre les deux pays.
Concernant l’organisation d’un nouveau sommet bilatéral entre l’Espagne et l’Algérie, le ministre a refusé de fournir des détails. La question demeure de savoir si le président Abdelmadjid Tebboune se rendra en Espagne ou si la rencontre se limitera au chef du gouvernement Sifi Ghrieb.
En conclusion, en l’absence de communiqués officiels du gouvernement algérien sur les problèmes créés unilatéralement par le régime algérien, aucune des questions fondamentales ne peut être considérée comme résolue. Le Traité d’amitié n’est pas réactivé, la crise diplomatique n’est pas officiellement terminée et aucune solution concrète n’a été présentée concernant l’augmentation des livraisons de gaz.



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