La Cour criminelle d’appel d’Oum El Bouaghi a rendu, le dimanche 1er février 2026, un arrêt réduisant la peine de prison prononcée contre le syndicaliste et défenseur des droits humains Ali Maamri, la faisant passer de 15 à 10 ans de réclusion ferme. Si cette décision apparaît, en apparence, comme un allègement, elle ne modifie en rien la nature politique et répressive de l’affaire, qui illustre une fois de plus l’instrumentalisation de la justice pour faire taire les voix indépendantes.

Ali Maamri est fonctionnaire, militant des droits humains et figure du Hirak. Il est le fondateur et président du Syndicat national indépendant des employés du secteur de la culture et des arts, affilié à la Confédération syndicale des forces productives. Depuis le lancement, en 2024, d’une campagne visant à organiser le secteur culturel, il a été la cible de pressions constantes et de menaces judiciaires.

Le 19 mars 2025, des policiers en civil l’ont interpellé sur son lieu de travail sans mandat. Pendant plusieurs jours, sa famille et son avocat n’ont reçu aucune information sur son lieu de détention, l’exposant à un risque réel de disparition forcée. Plus tard, il a affirmé avoir été battu, dénudé et contraint de signer des aveux sous la torture. La plainte déposée par sa mère pour dénoncer ces actes n’a jamais fait l’objet d’une enquête.

Présenté au parquet le 27 mars 2025, puis au juge d’instruction, il a été placé en détention provisoire sans que son avocat en soit informé. Les poursuites ont été fondées sur des articles relatifs au terrorisme ainsi que sur des dispositions concernant la protection des informations administratives. Cette qualification excessive et floue du terrorisme a permis de criminaliser un engagement syndical pacifique.

Au cours de son procès, les autorités ont utilisé ses échanges avec des syndicalistes et des militants, ainsi que ses publications sur les réseaux sociaux, comme preuves de liens supposés avec des organisations terroristes, sans démontrer la moindre activité criminelle reconnue par le droit international.

Il a également été accusé d’avoir divulgué des informations sensibles pour avoir partagé, dans des conversations privées, un document administratif attestant de son affectation à un poste sans missions réelles, mesure prise juste après sa désignation comme délégué syndical en juin 2024.

La réduction de la peine ne saurait masquer ces violations graves. L’affaire Ali Maamri démontre que la répression vise à étouffer toute tentative d’organisation indépendante. Tant que de telles pratiques persistent, la justice restera perçue comme un instrument politique plutôt que comme un garant des libertés fondamentales.