Par Hichem ABOUD
Un nouveau cap vient d’être franchi dans la politique de restriction des libertés associatives en Algérie. L’ONG SOS Disparus, symbole de la lutte pour la vérité sur les disparitions forcées durant la décennie noire, a vu son siège à Alger fermé et placé sous scellés par les autorités.
Une opération arbitraire menée par les autorités
L’intervention s’est déroulée ce lundi aux alentours de 13h30. Un dispositif sécuritaire conséquent, composé de policiers en uniforme et de représentants de plusieurs services de l’État, s’est présenté au siège de l’organisation. Les agents étaient munis d’une décision administrative datée du 12 mars 2026 ordonnant la fermeture immédiate des locaux.
Selon le communiqué de l’ONG, cette décision aurait été prise lors d’une réunion tenue deux jours plus tôt, le 10 mars. Elle mobilise un large éventail d’acteurs institutionnels : autorités de la wilaya, responsables sécuritaires, représentants de la gendarmerie, ainsi que des cadres administratifs et municipaux.
Cette orchestration témoigne du caractère centralisé et coordonné de l’opération, traduisant une volonté claire d’en finir avec la présence publique de l’association.
Un lieu de mémoire réduit au silence
Depuis près de 25 ans, le siège de SOS Disparus constituait bien plus qu’un simple bureau. Il était un espace d’accueil pour les familles des disparus, un lieu où la parole pouvait se libérer, où les témoignages étaient recueillis, et où la mémoire des victimes était préservée.
Sa fermeture ne se limite pas à une mesure administrative. Elle représente, pour de nombreuses familles, la disparition du dernier espace où leur combat pouvait encore s’exprimer.
Cette décision s’inscrit dans un contexte plus large de restriction des libertés associatives en Algérie. Les autorités sont accusées par plusieurs observateurs d’adopter une logique de plus en plus répressive à l’égard des organisations indépendantes.
Après l’expulsion de la présidente de l’ONG, Nacéra Dutour, cette fermeture apparaît comme une nouvelle étape dans le démantèlement progressif des structures qui portent la voix des victimes de la décennie noire.
Les familles face à l’effacement Au-delà de l’organisation elle-même, ce sont les familles des disparus qui se retrouvent directement visées. Depuis des décennies, elles réclament vérité, justice et reconnaissance. La fermeture du siège de SOS Disparus est perçue comme une tentative d’effacement de leur lutte.
Privées de leur principal lieu de rassemblement, elles risquent désormais de sombrer dans une invisibilisation accrue. Pour beaucoup, cette décision équivaut à une forme de « mort lente » de leur cause.
Une mémoire en danger
En scellant les portes de SOS Disparus, les autorités ne ferment pas seulement un local : elles portent atteinte à une mémoire collective encore vive, celle des milliers de disparitions qui continuent de hanter l’histoire récente du pays.
Cette mesure soulève une question essentielle : peut-on tourner la page sans vérité ?



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