Le tribunal de Dar El-Beïda a rendu, lundi 16 mars, son verdict dans une affaire qui n’a pas tardé à susciter une vive controverse. L’ex-entraîneur du MC Alger, le technicien sud-africain Rulani Mokwena, poursuivi pour tentative de sortie de devises sans déclaration, a été condamné à deux mois de prison avec sursis, assortis de la confiscation de la somme saisie et d’une amende de cinq millions de centimes.

Une interpellation à l’aéroport d’Alger
Les faits remontent à la veille du jugement. Dimanche, au niveau de l’aéroport international Houari Boumediene d’Alger, les services de contrôle ont interpellé Mokwena alors qu’il s’apprêtait à quitter le territoire national. En cause : la découverte, en sa possession, de 14 200 euros non déclarés, en violation de la réglementation stricte encadrant les transferts de devises vers l’étranger.

L’affaire a été immédiatement portée devant la justice dans le cadre d’une procédure de comparution rapide. À l’issue de l’audience, le tribunal a donc opté pour une peine avec sursis, évitant ainsi à l’ancien entraîneur du Mouloudia une incarcération effective.

Une clémence qui interroge
Si la décision s’inscrit formellement dans le cadre légal, elle n’en a pas moins provoqué une vague de réactions critiques. De nombreux observateurs et citoyens y voient une illustration frappante d’une justice à géométrie variable.

En effet, plusieurs cas récents impliquant des citoyens algériens contrastent fortement avec la relative clémence dont a bénéficié Mokwena. Ainsi, un Algérien de retour de Tunisie, en possession de 200 euros issus de son allocation touristique annuelle (fixée à 750 euros), a été condamné à un an de prison avec sursis — alors même qu’il ne s’agissait pas d’une tentative de sortie de devises, mais d’un reliquat rapatrié.

Plus sévère encore, une citoyenne algérienne a écopé de trois ans de prison pour avoir tenté de sortir 10 000 euros, tandis qu’un autre justiciable a été condamné à deux ans de prison pour une tentative portant sur 7 500 euros.

Le spectre de la « justice du téléphone »
Ces disparités alimentent un sentiment d’injustice profond au sein de l’opinion publique. Dans les discussions populaires comme sur les réseaux sociaux, une expression revient avec insistance : celle de « justice du téléphone ». Une formule qui suggère l’existence d’interventions ou d’influences occultes dans certaines décisions judiciaires.

Derrière cette affaire se dessine une critique plus large du fonctionnement de l’institution judiciaire en Algérie. Aux yeux de nombreux citoyens, la rigueur des lois relatives aux changes semble appliquée avec une sévérité accrue lorsqu’il s’agit de justiciables ordinaires, tandis que des profils étrangers ou médiatisés bénéficieraient d’un traitement plus indulgent.

Une question de crédibilité
Au-delà du cas Mokwena, c’est donc la question de l’égalité devant la loi qui est posée. Car dans un État de droit, la crédibilité de la justice repose précisément sur son impartialité et sur l’application uniforme des textes.

Or, lorsque des décisions perçues comme incohérentes se multiplient, elles fragilisent la confiance des citoyens dans leurs institutions. Et alimentent un malaise déjà palpable dans une société où la justice est souvent accusée de manquer d’indépendance.

L’affaire Mokwena, en ce sens, dépasse le simple cadre d’une infraction douanière. Elle devient le révélateur d’un malaise plus profond : celui d’une justice dont les verdicts, aux yeux d’une partie de l’opinion, ne seraient pas toujours dictés par la seule lettre de la loi.